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vendredi 3 avril 2026

Fragments d’un dieu mourant - Jonathan Brychcy


ActuSF Ed. Collection « Nagori » (2026)


Les Nouvelles Editions ActuSF s’ouvrent désormais aux novellas. Il s’agit d’un format littéraire, somme toute, assez peu courant en France, mais qui semble recueillir, ces temps, les faveurs du lectorat hexagonal d’Imaginaire. Une nouvelle collection SFFF, « Nagori », est à elles seules dédiée. A son catalogue naissant se
greffent Fantasy et Science-Fiction (dont, si je ne me trompe pas, le grand retour de Thierry Di Rollo, rien que çà…!). D’après le rabat de la 4 de couverture, « Nagori » signifie « Ce qu’il reste des vagues » ; il y est précisé : « C’est la beauté persistante de ce qui vient de s’éteindre, la nostalgie de ce qu’on laisse partir ». Les illustrations dédiées sont signées Melchior Ascaride qui se fit remarquer, entre autres, chez les récents défunts Moutons Electriques. Elles forment de l’une à l’autre, et dans l’ordre chronologique de parution, une fresque en continu qui promet de trouver suite graphique avec les volumes à venir. J’aime bien l’idée, même si elle a déjà été utilisé, par exemple, in « Les neuf Princes d’Ambre » de Zelazny en rééditions Présence du Futur de 1995.

« Fragments d’un dieu mourant » inaugure la collection ; c’est aussi le premier roman d’un jeune auteur tout frais, tout neuf : Jonathan Brychcy. Il semble à son aise sur le world building plus conséquent offert par le format novella.

Un roman issu des Littératures de l’Imaginaire vit de son postulat de départ. Crédible ou pas ce dernier mène la danse, tout le reste en découle. Celui imaginé par Brychcy est original et prometteur. Ici, c’est de Fantasy dont il s’agit ; plus précisément d’un Pays de Moyen-Age ; d’un Roi élu malgré lui par une énigmatique Déesse « en son jardin » ; d’un jeune Garde Royal, amant du monarque, héros sans nom, soldat dévoué, fidèle et profondément amoureux ; s’y trouvent aussi des Dieux, les « Immuables », disparus sans raisons apparentes, allez savoir pourquoi ; un petit peuple entre adulation du monarque et révolte sanglante …..

… de l’humeur royale dépend la météo sur le Royaume. Le monarque, entre petits bonheurs du jour et dépression majeure chronique, influence le temps qu’il fait, du grand beau entre les bras de son jeune amant vers l’exécrable. En conséquence sur le Pays : les brefs printemps heureux, souriants et aux généreuses récoltes alternent avec les longs hivers brutaux où la famine sévit et la mort frappe.

« Fragments d’un dieu mourant », au-delà d’un fond somme toute classique, use d’une forme qu’il convient au lecteur d’apprivoiser ; c’est un OLNI tout d’abord déroutant, bientôt un puzzle ingénieux où chaque pièce prend sa place ; l’esthétique littéraire qu’il propose déconcerte. Il laisse remonter le souvenir d’une SF expérimentale qui eut son temps de gloire.

Il en découle une novella qui se mérite ; où chaque mot pèse de son importance sur un tout qui se dessine peu à peu ; où chaque phrase, au-delà de la musique interne de ses syllabes, génère une poésie lumineuse ou de ténèbres, au rythme des jours heureux ou des noirs cauchemars traversés par le Roi. Au lecteur de prendre son temps, d’accorder attention aux mots qui passent. Le plaisir est à ce prix.

Pas très Fantasy de choix, plutôt SF d’intention, j’ai été, malgré tout, attiré par le pitch étonnant d’une novella atypique.

Merci à l’auteur et à ActuSF.

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