ActuSF Ed. Collection « Nagori » (2026)
Les Nouvelles Editions ActuSF s’ouvrent
désormais aux novellas. Il s’agit d’un format littéraire, somme toute, assez
peu courant en France, mais qui semble recueillir, ces temps, les faveurs
du lectorat hexagonal d’Imaginaire. Une nouvelle collection SFFF, « Nagori », est à elles seules dédiée.
A son catalogue naissant se
greffent Fantasy et Science-Fiction (dont, si
je ne me trompe pas, le grand retour de Thierry Di Rollo, rien que çà…!).
D’après le rabat de la 4 de couverture, « Nagori » signifie
« Ce qu’il reste des
vagues » ;
il y est précisé : « C’est
la beauté persistante de ce qui vient de s’éteindre, la nostalgie de ce qu’on
laisse partir ». Les illustrations dédiées sont signées Melchior
Ascaride qui se fit remarquer, entre autres, chez les récents défunts Moutons
Electriques. Elles forment de l’une à l’autre, et dans l’ordre
chronologique de parution, une fresque en continu qui promet de trouver suite
graphique avec les volumes à venir. J’aime bien l’idée, même si elle a déjà été
utilisé, par exemple, in « Les neuf Princes d’Ambre » de Zelazny
en rééditions Présence du Futur de 1995.
« Fragments
d’un dieu mourant » inaugure la collection ; c’est aussi le
premier roman d’un jeune auteur tout frais, tout neuf : Jonathan Brychcy. Il semble à son aise sur le world
building plus conséquent offert par le format novella.
Un roman issu des Littératures de
l’Imaginaire vit de son postulat de départ. Crédible ou pas ce dernier mène la
danse, tout le reste en découle. Celui imaginé par Brychcy est original
et prometteur. Ici, c’est de Fantasy dont il s’agit ; plus précisément d’un
Pays de Moyen-Age ; d’un Roi élu malgré lui par une énigmatique Déesse
« en son jardin » ; d’un jeune Garde Royal, amant du monarque,
héros sans nom, soldat dévoué, fidèle et profondément amoureux ; s’y
trouvent aussi des Dieux, les « Immuables », disparus sans raisons
apparentes, allez savoir pourquoi ; un petit peuple entre adulation du monarque
et révolte sanglante …..
… de l’humeur royale dépend la météo sur le Royaume. Le monarque, entre petits bonheurs du jour et dépression majeure chronique, influence le temps qu’il fait, du grand beau entre les bras de son jeune amant vers l’exécrable. En conséquence sur le Pays : les brefs printemps heureux, souriants et aux généreuses récoltes alternent avec les longs hivers brutaux où la famine sévit et la mort frappe.
« Fragments d’un dieu
mourant », au-delà d’un fond somme toute classique, use d’une forme
qu’il convient au lecteur d’apprivoiser ; c’est un OLNI tout d’abord
déroutant, bientôt un puzzle ingénieux où chaque pièce prend sa place ;
l’esthétique littéraire qu’il propose déconcerte. Il laisse remonter le
souvenir d’une SF expérimentale qui eut son temps de gloire.
Il en découle une novella qui se
mérite ; où chaque mot pèse de son importance sur un tout qui se dessine
peu à peu ; où chaque phrase, au-delà de la musique interne de ses
syllabes, génère une poésie lumineuse ou de ténèbres, au rythme des jours
heureux ou des noirs cauchemars traversés par le Roi. Au lecteur de prendre son
temps, d’accorder attention aux mots qui passent. Le plaisir est à ce prix.
Pas très Fantasy de choix, plutôt
SF d’intention, j’ai été, malgré tout, attiré par le pitch étonnant d’une
novella atypique.
Merci à l’auteur et à ActuSF.












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