Chronique ... A Suivre
ActuSF Ed. Collection « Nagori » (2026)
Rock n' SF, polars, thrillers & BDs, littérature blanche et "mauvais genres"
Curieux de genres parallèles qui se croisent néanmoins souvent: SF, Rock, Fantastique, Polars, Thrillers, BDs...en gros les "Mauvais Genres".
Ce qui suit reformule à minima une chronique de 2007, encore en ligne sur CSF.
"Que prendrez-vous .. ? Beaucoup de bonnes choses sont au menu. Régalez-vous..!
Le
sempiternel refrain post-apo andrevonien ? Celui de la Fin (avec un grand "F"),
celui entonné dans le "Désert du Monde". Un Monde crevé, une
Terre Morte à la façon d'un cocktail mitonné par Dick, Brown, Simak et Aldiss, Tarzan (!!!!!!!!!), François Truffaut et Noé:
_façon Dr
Bloodmoney, atome radioactif en moins mais prion viral galopeur en plus,
sans oublier l'astronaute enfermé dans son satellite en orbite..!
_Façon Barbe-Grise quand
la population humaine survivante (un soupçon: à peine 1/1000..!) est stérile,
vieillit donc sans espoir de descendance..! Pensez-donc, la jeune de soixante
ans a encore ses règles, Youpi..! Chasse à l'érection fécondatrice, quitte à ne
la trouver qu'à l'autre bout de la France. Les vieilles espèces animales se
sont quelquefois éteintes à défaut d'une simple rencontre entre un male et une
femelle, pourquoi pas l'Homme..! Chasse au male donc..! Mais ne vous y trompez
pas, aucun relent misogyne à craindre.
_Façon Fredric
Brown, mais sans humour: "Je suis le dernier homme sur Terre et quelqu'un frappe à la porte".
_Façon
"Le Monde Vert", d'Aldiss, quand la nature reprend ses
droits. Un Paris, un Avignon tropical envahis par la végétation (Il m'est venu
en lointain souvenir graphique d'un Valérian et Laureline de
1970: "La cité des eaux mouvantes".
_Façon
"Demain les Chiens" de Simak quand la faune
oublie peu à peu l'Homme qui se meurt de ses gonades infertiles. Simak nostalgise, Andrevon assène
: "Bien fait..! Qu'il crève..! Qu'il tire sa révérence...!" Il
n'apprécie guère le genre humain, mais quel brillant animal de laboratoire à
étudier sous les ultimes coups de boutoir d'une nature qui tient désormais les rênes.
PS: son dédain, son mépris s'accompagnent de beaucoup de tendresse pour les
divers protagonistes.
_Façon Tarzan car
à défaut d'un Homme-Singe l'auteur nous offre une Princesse des
Rats à rééduquer façon Truffaut dans "L'Enfant
Sauvage".
_Façon Noé en
repeuplant le Monde d'une Arche dans laquelle un couple humain se cherche une
survie..!
On
pourrait lui en vouloir à Mr Andrevon des divers emprunts
ci-dessus. Ben non même pas (du moins pas moi), car le vieux grenoblois tient
la route, le guidon bien droit, le style bucolique au ras du clavier, la haine
(toujours elle..!) de ce qui porte kaki et goupillon (même s'il s'est
diablement assagi), l'écologie comme un levier-ressort à remonter la mécanique
du Monde..!
Il
nous l'avait bien dit il y a fort longtemps dans un recueil de nouvelles:
"Il faudra bien se résoudre à mourir seul" et ben non,
peut-être pas dans ce "Monde enfin" qui réconcilie (un
peu..!) Andrevon avec l'Homme, tant il injecte de l'espoir
dans l'épilogue de ce roman qui, au final, est un vrai bonheur..!
Monsieur Andrevon, il semblerait que du pinceau, vous aimez la
peinture figurative; savez-vous que de mots en couleurs et de certaines phrases
en arc-en-ciel votre Monde mort est magnifique dans sa Nature retrouvée.
Et que
dire de vos héros, qui n'en sont pas justement, sinon à l'égal de vous et moi,
des hommes simples ayant retrouvé le goût des choses simples..!
PS: Un grand merci à quelqu'un qui se reconnaitra de m'avoir offert mon premier roman dédicacé..!"
Curieux de genres parallèles qui se croisent néanmoins souvent: SF, Rock, Fantastique, Polars, Thrillers, BDs...en gros les "Mauvais Genres".
Dans la peau d’un forçat en « je
narratif », embarquement immédiat pour Cayenne. Son bagne durant
les années 20’s et 30’s. C’est, tristement célèbres Saint-Laurent du Maroni,
l’Ile du Diable, celles Royale et Saint-Joseph… il y a peu Dreyfus et bientôt Seznec…. Ici,
250 pages durant, un autre témoignage…
«Guillotine sèche ».
Le titre intrigue. Que signifie-t-il ? Benoit Belbenoit, l’auteur, avait
choisi de première intention « Les Compagnons de la belle »
pris dans le sens d’« évasion », de « cavale ». Le nouveau
choix, une fois décrypté dans le cours du récit, se montre plus percutant dans
ses intentions, d’une force implacable et d’un impact foudroyant. L’explication
frappe le lecteur comme un uppercut au menton. Le grand reporter Albert Londres
en est à l’origine lorsque, visitant le bagne de Cayenne, les Iles du
Salut et surtout celle de St-Joseph, ses mots « à-la-une » comparent l’invention
sanglante de Guillotin à la mort lente et inéluctable promis par Cayenne
à ses détenus. Après tout, pourquoi ne pas préférer la première, instantanée, tant
la mort y semble plus charitable ?
« Dry Guillotine »
est l’autobiographie d’un bagnard qui connut l’enfer pénitentiaire de Cayenne
durant les années 20’s et 30’s. Il s’en évada quatre fois mais à chaque
tentative fut repris ; la cinquième, à destination de Los Angeles, fut un
succès. Le récit, dans sa plus grande part, couvre ses années parisiennes d’adolescent
délinquant, celles terribles de détention en Guyane, et enfin d’exil en
Californie. L’ouvrage est sorti en 1938 et devint, dans la foulée, un best-seller
aux USA ; en France le succès fut plus confidentiel et peut s’expliquer par le
fait que l’homme, désormais libre, ne pouvant regagner la métropole, fut
contraint à l’exil outre-Atlantique.
Né en 1899 et décédé en 1959 (ce
n’est pas sans importance, voir plus loin), tôt jeune délinquant devançant
l’appel de 14-18 pour échapper à la maison de correction pour de menus larcins
vol et récidives, c’est un bagnard condamné à l’âge de 22 ans à huit ans de
travaux forcés, bientôt gonflés de lourdes peines satellitaires pour évasions
successives ratées. Déporté à vie en tant que « libéré » Il semble
avoir été le seul à réussir à s’échapper de Cayenne.
L’auteur dissèque dans le détail,
nombre d’anecdotes aidants, son existence de bagnard. Toutes ces années de
maltraitance légale l’ont placé sur le fil d’un funambule oscillant sans cesse,
de droite et de gauche, entre instinct de survie et désespérance, liberté à
tout prix et fatalisme. Belbenoit dénonce et condamne les principes
administratifs absurdes et inhumains qui firent de Cayenne un enfer sur
terre où maints forçats périrent sous les coups de butoirs d’une violence d’état
inassumée, les punitions et châtiments disproportionnés (guillotine incluse), la
malnutrition et la misère physiologique induite. Y sont en outre décrits les
systèmes de corruption honteux imposés en sous-main par certains
fonctionnaires ; la « débrouille », les mille et un moyens pour
les détenus de se faire un peu d’argent. Il détaille le système carcéral de ce
bout du monde perdu et le cadre tropical et humide qui l’entoure. La jungle, les
bêtes sauvages, la quinine, la mort nu-pieds dans la boue, les travaux forcés sous
un soleil de plomb, les cachots de l’Ile Saint-Joseph où le silence imposé tue
les âmes, les dépravations imposés, les règlements
de compte, la fosse commune pour solde de tout compte. Tout concoure à une honte
française… !
Le lecteur pénètre peu à peu dans
un enfer micro-sociétal fortement hiérarchisé où la survie déguise
physiologiquement les bagnards en morts-vivants ; se faufile hypocritement
entre corruptions tous azimuts et dessous de tables ; les espérances de
vie y sont massacrées.
Qui pour se souvenir de « Papillon » signé Henri Charrière ? J’ai lu ses mémoires à parution en 69. Je me souviens qu’à l’époque, en ITW l’auteur revendiquait tous les faits décrits comme lui étant advenus. J’ai vu le film avec Steve McQueen et Dustin Hoffman sur grand écran en 73, ensuite à la TV à de multiples reprises. On note, les deux supports confondus, nombre de rapprochements étonnants avec le bouquin de Belbenoit. La rumeur courrait : Papillon dans ses mémoires s’était offert sur le papier un supplément d’aventures qui n’étaient pas tout à fait les siennes. Dans l'ombre de "Papillon" (1969), "Dry guillotine", de parution largement antérieure (1938), lui ressemble beaucoup (trop ?) et mérite davantage en notoriété.
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Les Nouvelles Editions ActuSF - Collection Ithaque (2026)
« Les mille verbes »
aux Nouvelles Editions ActuSF, dans leur nouvelle collection
« Ithaque » (2026), est, en one-shot BD, la louable
et justifiée restitution papier d’un webtoon en ligne (2013). Le titre en est éponyme
et le contenu retravaillé par les soins de son dessinateur/scénariste Alexandre
Decrauze. C’est, au final, et pour le moins, au-delà d’un premier roman
graphique plus que prometteur, une réussite picturale et scénaristique. « Les mille verbes » : une
œuvre atypique qui se mérite et où le plaisir de lire quelque chose de
différent emporte tout. L’album lorgne ainsi vers l’O.L.N.I. ; il surprend,
étonne et lecture achevée, enthousiasme par son originalité. La dernière page
tournée laisse un goût agréable de « reviens-y ». C’est tout ce qu’on souhaite à l’ouvrage ..!
Au départ, pourtant, pour me
plaire, rien n’était acquis. Au-delà de la une de couverture de toute beauté, les
premières pages m’ont, de prime abord, étonné. Le graphisme embarqué, est un mélange,
il me semble, mais je peux me tromper, de dessins au trait rapide et bousculé, de
gouaches et d’aquarelles aux couleurs inspirées. Il n’est pas inintéressant, loin
de là, mais se montre ici peu en accord avec l’orthodoxie d’une BD classique.
Il suffit pour adhérer, et ça ne dure guère, de se laisser prendre par la main
pour que tout rentre dans l’ordre, de se laisser accaparer par le charme
ambiant, de disséquer le pourquoi de la manière, d’en comprendre les mécanismes
à l’œuvre, les assimiler, les faire siens, s’enthousiasmer des interactions
habiles qu’il y a entre un scénario en béton et des dessins plus riches qu’il n’y
parait. Les deux, intrigue et crobars, côte à côte, pour que … la fête commence
et se montre belle.
En France. En province. Au
XVIIIème siècle, lorsque s’ébauchent les premiers soubresauts annonciateurs de
la Révolution. A l’époque royale des aristos miteux, ex-roturiers
opportunistes, aux titres de noblesse arrachés, souvent par la force et
l’argent à nombre de nobliaux ruinés. Aux temps incertains des relais de poste
isolés, des diligences cossues, rebondies, cahotantes et aux chevaux
harassés ; des auberges de campagne peu sécures ; des spadassins,
tueurs à gages, détrousseurs de grands chemins…. des villes aux chiches
lumières et au pavé luisant, là où sévissent coupe-jarrets et hommes de main.
Claude
de Horville, surnommé la Pustule en raison d’un énorme
molluscum-pendulum accroché à son proéminent tarin turgescent, est un
anti-héros comme on aime les détester. Il se montre proche du fieffé coquin Benvenuto
Gesufal tel qu’imaginé par Jean-Philippe Jaworski dans « Gagner la
guerre ». C’est un fourbe rusé, menteur sans vergogne, bluffeur, parieur
invétéré, tricheur habile aux cartes truquées et aux jeux d’argent, fripouille
attentive aux bourses sonnantes qui ne sont pas les siennes, beau parleur cajoleur
et roublard, homme à femmes, surtout celles des autres. C’est une grande gueule
abjecte et bravache, un menteur, un scélérat attaché aux entourloupettes qu’il
mijote sans remords. Mais son destin va changer quand, allant jusqu’au meurtre,
il va subir la malédiction d’une de ses victimes. Désormais pauvre hère assommé
par la damnation qui le menace, homme désormais affaibli en fantôme de lui-même,
il est peu à peu psychologiquement miné par le machiavélisme de la malédiction
qui le ronge, le mine, le domine.
De rencontre en rencontre, sur le
fil du pire, d’aventure en aventure … jusqu’à l’épilogue.
D’une roulotte bohémienne à un
monastère isolé où cacher ses silences en passant par une cabane misérable,
perdue dans les bois, où aurait pu naitre l’amour ; d’un tripot sordide où
s’anime la fièvre du jeu à une chambre d’hôtel minable où, en ville, terrer sa
solitude ; d’un ours en peluche éventré aux yeux en boutons de culotte à
un carnet de croquis et de poésies…. Ni remords ni rédemption, juste une simple
lutte de survie, où se greffe bientôt le Fantastique, à tenter de ralentir le
temps qui passe ; le héros ne regrette rien, seuls comptent les moyens pour
économiser ses mots et s’en sortir car…
« Je t’ai laissé mille mots à prononcer avant que tu ne rendes ton
dernier souffle. J’ai hâte d’entendre ta réplique finale ».
Au prononcé d’une telle
malédiction s’amorce le compte à rebours d’une vengeance implacable. La
personne qui maudit est une jeune bohémienne aux parents trucidés sous ses yeux.
Ceux ciblés par la damnation, Claude de Horville et son frère, coupables
en sus de vols de bijoux. Une malédiction proférée dans la haine. Mille mots,
seulement… et basta, la mort pour rendu de monnaie. Reste le solde sur peau de
chagrin. De quoi économiser ses propos, se taire, apprendre le silence, fuir
les autres et leurs désirs de conversation. Comment se tirer de ce mauvais pas,
retarder l’échéance ? Horville, bouche cousue, à minima de mots, apprend
la solitude, l’incompréhension que lui porte désormais les autres.
Merci à l’auteur et à l’éditeur…
Curieux de genres parallèles qui se croisent néanmoins souvent: SF, Rock, Fantastique, Polars, Thrillers, BDs...en gros les "Mauvais Genres".
Près de chez moi..! Superbe..! Vraiment..!
Dans un parc public. Parait qu'il y en a d'autres, tout aussi ravissants: un aigle ailes déployées et un ours. Je vais chercher..!
J'ai tout de suite pensé à P.K. Dick via son "Blade Runner" ("Les androïdes rêvent t'ils de moutons électriques") et à une maison d'édition SFFF lyonnaise, "Les Moutons électriques", hélas, récemment défunte, même si cette ravissante sculpture à quelque chose en elle qui la rattache, aussi, au steampunk.
Curieux de genres parallèles qui se croisent néanmoins souvent: SF, Rock, Fantastique, Polars, Thrillers, BDs...en gros les "Mauvais Genres".
Novedi Ed. (1986)
1986. « Julius et Romea ».
12ème tome d’un cycle prolifique, celui, signé Hermann, consacré
à « Jeremiah ». Le dessinateur/scénariste, 48 pages durant, y abandonne
le versant western qui avait fait la spécificité de la série et entre de
plain-pied en territoire science-fictif classique. L’intrigue se situe à cheval
entre le drame et l’humour. Tantôt l’un, tantôt l’autre. La frontière est
ténue, le point d’équilibre instable.
Les Grandes Plaines sous un ciel
d’été. Une immense cité de verre et d’acier ; une ville sans nom, moderne
et luxueuse. Des gratte-ciels aux façades impressionnantes ; des éclats de
lumière sur le verre et l’acier. Une splendeur arrogante qui se voit de loin, une
incongruité citadine huppée dans un monde post-apo qui vient à peine de toucher
le fond. Une société sous la coupe d’une élite friquée ; un tout renaissant
bien trop tôt de ses ruines ; un pied de nez moqueur tiré à la misère alentour.
Une New-Amérique singeant son riche passé isolationniste. Une idée de riches,
pour les riches. En contrepartie : un monde replié sur lui-même,
autarcique, jaloux de ses privilèges indus, protecteur des siens et implacable
face aux errants du Monde Extérieur. En périphérie immédiate, une banlieue
miséreuse, des ruines, un petit peuple à la marge, un sous-prolétariat mendiant
les faveurs de la Haute-Société.
Et Jeremiah et Kurdy dans tout
cela ? Finances en berne (une fois de plus.. !), ils se font
employer par la voirie municipale. L’obsession présidentielle du toujours plus
propre pousse à l’embauche d’une main d’œuvre sous-payée et apparemment docile.
Rien que des errants, des miséreux venus de l’Extérieur. Cantonniers, laveurs
de vitres, hommes à tout faire … autant de tenues rayées. Tous tondus et
épouillés. Nos héros : les n° 26 et 27, interdits de tout contact (surtout
physique) avec les Résidents. Une Milice municipale brutale et implacable, en
uniformes bruns, armée de pistolets et à la matraque facile.
En somme, une SF classique,
contre-utopique de fond.
Il y a Le Président et son
tendon d’Achille, Romea, sa fille, à ses yeux, intouchable. En rejet de
l’autorité paternelle, elle n’a pas vu l’eau du bain depuis des années, sale
comme un peigne, des mouches bourdonnant en nuées autour d’elle. Cradingue tout
autant, Julius qui, à la limite de la zone protégée, joue de la
cornemuse (sic) au pied de la tour de sa Belle. Tous deux : bien-aimés
platoniques, mouches partagées, amours interdites en attente de happy-end (ou
pas.. !). Odorama BD garanti, on s’y croirait. Les deux prénoms, à peine maquillés,
ne trompent personne. L’emprunt shakespearien est évident. Le drame recommencé
n’est, néanmoins, qu’un fil rouge en hommage rigolard. L’important est
ailleurs.
Il y a Emma, la poupée gonflable en manque de rustines ; Rocky, son compagnon négligé, à l’affut voyeur, moqueur et cynique de ses contemporains devant son mur d’écrans clandestins ; Stone-B, le grand méchant type, déjà rencontré dans un épisode précédent ; une épouse délaissée et nymphomane, un taureau en colère ….
Il y a « L’ange Noir »
(dixit), au profil de super-héros masqué (Cf la une de couv), qui, en rébellion
contre l’ordre établi, shoote dans les poubelles de la voirie, en déversant les
immondices avant de s’enfuir. Qui-est-ce ? Patience et surprise. On
dirait, le concernant, du Marvel Comics ; fallait oser ; l’anti-héros
pouvait se montrer hors-sujet ; mais sa présence est légitime, le scénario
en est enrichi.
Il y a l’Arène où se jouent,
sold out, les destins des dissidents. Y périssent ceux qui émargent dangereusement
de l’entre-soi ; ceux dont on doute, ceux dont on suspecte les incivilités ;
les réfractaires à deux doigts de la rébellion ; les clandestins couleur
murailles Et bien entendu, ni Jeremiah ni Kurdy n’agiront dans la
norme, ne joueront pas le jeu, quitte à plonger dans les ennuis.
Comment une intrigue agglutinant
autant d’éléments improbables peut-elle rendre un tout aussi réaliste ? Hermann
rend la copie crédible d’un monde possible. Un miracle ? D’autant qu’il y
fait tout ; l’homme est un couteau suisse de la BD : scénar, dessins
et coloriages. Il y a peu, appelant à un co-auteur pour les textes, je parlais
de potentialités perdues. J’avais tort. Le tome embarque, d’une vignette
l’autre, une logique visuelle et scénaristique implacable ; tout
s’enchaine sans accroc, en douceur. La compréhension des codes embarqués est
immédiate. La preuve en est puisqu’Hermann fait l’impasse systématique
sur les cartouches dans les vignettes. « Pendant ce temps »,
par exemple, est interdit de séjour. Economie judicieuse de moyens. L’action
n’en est que plus rythmée. De l’art, c’est de l’art. Tout se déroule comme au
ciné, voix off exclue. Ce n’est plus de la BD, c’est du cinoche ; les raccords
habiles et astucieux, justifiés et efficaces, sont là pour le prouver.
Et pour finir, ce constat. Entre drame
et humour, l’épisode n’est pas loin de se montrer, à mon avis, le plus réussi
de la série.
Curieux de genres parallèles qui se croisent néanmoins souvent: SF, Rock, Fantastique, Polars, Thrillers, BDs...en gros les "Mauvais Genres".
Série Noire - Gallimard Ed. (1995)
A suivre… !
En 1995, la Série Noire proposait un cadavre-exquis signé de ses écrivains-maison.
Le principe : l’un des 38
auteurs sollicités commence une histoire sans présager de la suite à y donner
(ce sera Manchette). Le second embraye sur la base de ce que le précédent a
laissé ... et refile la patate chaude au troisième qui, à son tour … etc.
Joyeux b***** jubilatoire en approche lente où les uns, on le devine, vont coller sagement à la règle et les autres, faussement ingénus, semer la pagaille, quitte à ce que chacun y perde, peu à peu, ses petits. Du moins est-ce ce que je suppose advenir ? Qui lira verra.
Je suis curieux du résultat... où tout est possible.
Metal Hurlant, le mensuel BD, avait tenté une telle expérience. Le point de départ était un titre: "Coup dur à Stalingrad".
1. Jean-Patrick Manchette
2. Jacques Mondoloni
3.
.....
Curieux de genres parallèles qui se croisent néanmoins souvent: SF, Rock, Fantastique, Polars, Thrillers, BDs...en gros les "Mauvais Genres".