Ed. Dunot (2026)
En France, du temps du cinéma
muet, de la toute fin du 19ème siècle jusqu’aux premières décennies
du 20ème, soit une trentaine d’années durant …
… depuis l’époque des chapeaux décorés ou
fleuris de ces dames, leurs ombrelles sous le soleil, les amples robes et corsets
rigides ; les blancs canotiers de ces messieurs, leurs redingotes, les
gilets à montres-goussets …
… jusqu’au-delà
des années sombres de la guerre, l’émergence d’un monde nouveau, ses modes
vestimentaires et l’état d’esprit des années trente….
… le cinématographe d’antan, ancêtre
de la vidéo numérique, naissait. Dans la foulée: les balbutiements du 7ème
Art, le système D ouvert aux Geo Trouvetou de la pellicule et du nitrate d’argent,
les premiers effets spéciaux de bric et de broc mais pour autant criants (ou
presque) de réalisme (Star Wars, sors de ce corps .. !), la gourmandise des
opportunismes commerciaux quitte aux piratages (et oui, déjà.. !), les
pionniers passionnés avides de l’exploration des possibles que laissa
entrevoir une telle invention.
Ce furent, parmi quelques autres,
les Frères Lumière, Thomas Edison et, pour le coup, Georges Mélies (1861-1931).
Pour ce dernier, une belle aventure se profilait, la passion de toute une vie,
où « tout était à
inventer »
(dixit la 4 de couv) et dont les héritiers de cœur tirent encore profit
artistique.
Méliès donc, et bien
parlons-en ..! « Silence,
on tourne » ;
même si le réalisateur n’a, sans doute, jamais prononcé cette formule magique. « Méliès
à la plage », aux Ed. Dunod (2026), fait revivre une époque
défunte. Les propos d’Olivier Cotte, l’auteur, précis, érudits et
passionnés abordent à ses sources ce « premier » cinéma de fiction,
celui signé Méliès, muet et en N&B, pionnier et balbutiant, vendu
comme attraction foraine au mètre linéaire de pellicule, évoluant au rythme
frénétique des menues trouvailles improbables d’un bricoleur de génie, hésitant
entre documentaires filmés de par le monde et brèves fictions souvent naïves
mais illuminés d’effets spéciaux ingénieux en couches multiples … Méliès
pour finir se perdant financièrement et artistiquement, amer destin anticipé, bien
avant ce parlant inéluctable qui, en enfant indigne, l’aurait mis, lui aussi,
sur la paille sans se retourner .. si ce n’est, en 29, pour un ultime hommage
Salle Playel quand on le reconnut, tenant misérablement un kiosque sur les
quais de la Gare Montparnasse.
De Méliès, avant lecture
de l’ouvrage de Cotte, je ne gardais que quelques souvenirs fragmentaires
de son célèbre « Voyage dans la Lune ». Ses naïfs mais sublimes
décors peints de la main même du réalisateur. La Lune, en arrêt sur image mythique ;
son visage rendu humain, éborgné d’un obus stellaire ; le projectile
habité d’aventuriers sautillants, pétillants et endimanchés. Le court-métrage
est un chef d’œuvre du 7ème art, un bijou d’Imaginaire pur qui, 12
minutes durant, offre un point d’orgue au cinéma fictionnel muet. Sous-titres
ancêtres des voix off ciné à venir, noir et blanc tressautant et aux contrastes
affirmés, scènes alertes, vives et saccadées, plans frontaux systématiques cousins
de ceux que le théâtre offre aux spectateurs du premier rang.
Mélies, c’est aussi et
majoritairement, une œuvre foisonnante, une myriade de bouts de films (près de
500), docus et le plus souvent fictions, pour la plupart perdus de vue ou
détruits par le réalisateur lui-même quand, acculé à la faillite, il désespéra.
Méliès : des éclats de fictions inspirés, tournés à la manivelle en
14 images/seconde, plus proches de la Féérie, voire du Fantastique que de la
Science-Fiction ; des rêves merveilleux et obstinément décalés de la
réalité en cours ; des pièces d’un puzzle gigantesque témoins d’un Imaginaire
d’auteur totalement détaché du quotidien, tout entier tourné vers une restitution
cinématographique purement virtuelle.
Méliès, un grand enfant ? Sa famille était dans la chaussure de luxe,
un marché commercial florissant, lui assurant un avenir sans problème
financier. Le futur réalisateur s’y refusa et, en conséquence vendit ses parts
à ses frères, préférant la prestidigitation qui lui laissa bientôt entrevoir
tout le profit artistique et financier qu’il pouvait tirer du cinéma naissant. Ainsi
naissent les rêveurs, ces fous visionnaires qui, en marge, ne feront jamais
comme les autres.
En background, au-delà de la
seule évocation de la personnalité et de l’itinéraire de vie du réalisateur,
« Méliès à la plage » explore dans son jus toute une époque. Entre
la préhistoire graphique de l’image simplement dessinée voire peinte et la
modernité de celle offrant l’illusion du mouvement, il est question, entre
autres, de l’incendie tragique du Bazar de la Charité dû à un projecteur ciné
en flammes ; de trucs de scène révélés, importés du théâtre de l’illusion
et adaptés sur pellicule (substitution, cache et contre-cache) ; de
« L’arroseur arrosé », de « L’arrivée d’un train en gare de la
Ciotat » … tout un bric à brac de détails enchevêtrés qui font les délices
de la lecture.
Méliès, un pionnier
cinéaste d’importance, passionné et jusqu’auboutiste dans ses choix, s’obstinant
trop longtemps dans ses plans théâtraux, le plus souvent frontaux. La faillite
le terrassa quand il ne sut plus s’adapter aux tournants que prit le genre.
Je ne suis pas cinéphile. Ou si
peu. Ma culture 7ème art, s’est révélée, avec le temps, diffuse, sporadique
et ponctuelle. Je ne me suis intéressé au genre qu’au coup par coup depuis,
qu’adolescent, d’autres passions sont venues squatter tout mon temps
libre : SF surtout, mais aussi BD, polar et rock. Néanmoins, de temps à
autre, sur le fil d’un roman lu et apprécié, curieux de son adaptation ciné apte
à dévoiler un autre regard que le mien, je me suis tourné vers certaines biographies
ou essais, voire des romans baignant dans le 24 images/seconde. C’est le cas,
pour ces derniers, de « Le crépuscule des stars » de Robert Bloch qui narre,
avec passion, la transition, quelquefois tragique, du muet hollywoodien vers le
parlant. D’autre part, mon intérêt pour la SF, m’a conduit à frôler, néanmoins sans
approfondir, le Merveilleux, le Fantastique et la Féérie chers à Georges
Méliès, trois éléments moteurs de son univers cinématographique. Rien
d’étonnant, en conséquence, à ce que la présente biographie m’ai attiré l’œil.
Merci Babelio, Masse
Critique, l’auteur et l’éditeur. Je ne regrette rien, m’étant laissé entrainer,
sur le fil d’une prose aisée et érudite, par un étonnant et passionnant voyage
dans le temps. Les pages se tournaient d’elles-mêmes comme se déroule une
bobine de pellicule ciné … qui, soudain libérée, son dernier mètre fouettant
inlassablement l’air, laisse revenir la pleine lumière dans la pièce. Méliès,
et l’ouvrage dans la foulée, surent capter la réalité derrière les décors
truqués et la fiction sous les sunlights. Sacré témoignage que celui offert.. !













