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dimanche 26 juillet 2026

Méliès à la plage (La magie du cinéma dans un transat) – Olivier Cotte

 

Ed. Dunot (2026)

En France, du temps du cinéma muet, de la toute fin du 19ème siècle jusqu’aux premières décennies du 20ème, soit une trentaine d’années durant …

… depuis l’époque des chapeaux décorés ou fleuris de ces dames, leurs ombrelles sous le soleil, les amples robes et corsets rigides ; les blancs canotiers de ces messieurs, leurs redingotes, les gilets à montres-goussets …

… jusqu’au-delà des années sombres de la guerre, l’émergence d’un monde nouveau, ses modes vestimentaires et l’état d’esprit des années trente….

… le cinématographe d’antan, ancêtre de la vidéo numérique, naissait. Dans la foulée: les balbutiements du 7ème Art, le système D ouvert aux Geo Trouvetou de la pellicule et du nitrate d’argent, les premiers effets spéciaux de bric et de broc mais pour autant criants (ou presque) de réalisme (Star Wars, sors de ce corps .. !), la gourmandise des opportunismes commerciaux quitte aux piratages (et oui, déjà.. !), les pionniers passionnés avides de l’exploration des possibles que laissa entrevoir une telle invention.

Ce furent, parmi quelques autres, les Frères Lumière, Thomas Edison et, pour le coup, Georges Mélies (1861-1931). Pour ce dernier, une belle aventure se profilait, la passion de toute une vie, où « tout était à inventer » (dixit la 4 de couv) et dont les héritiers de cœur tirent encore profit artistique.

Méliès donc, et bien parlons-en ..! « Silence, on tourne » ; même si le réalisateur n’a, sans doute, jamais prononcé cette formule magique. « Méliès à la plage », aux Ed. Dunod (2026), fait revivre une époque défunte. Les propos d’Olivier Cotte, l’auteur, précis, érudits et passionnés abordent à ses sources ce « premier » cinéma de fiction, celui signé Méliès, muet et en N&B, pionnier et balbutiant, vendu comme attraction foraine au mètre linéaire de pellicule, évoluant au rythme frénétique des menues trouvailles improbables d’un bricoleur de génie, hésitant entre documentaires filmés de par le monde et brèves fictions souvent naïves mais illuminés d’effets spéciaux ingénieux en couches multiples … Méliès pour finir se perdant financièrement et artistiquement, amer destin anticipé, bien avant ce parlant inéluctable qui, en enfant indigne, l’aurait mis, lui aussi, sur la paille sans se retourner .. si ce n’est, en 29, pour un ultime hommage Salle Playel quand on le reconnut, tenant misérablement un kiosque sur les quais de la Gare Montparnasse.

De Méliès, avant lecture de l’ouvrage de Cotte, je ne gardais que quelques souvenirs fragmentaires de son célèbre « Voyage dans la Lune ». Ses naïfs mais sublimes décors peints de la main même du réalisateur. La Lune, en arrêt sur image mythique ; son visage rendu humain, éborgné d’un obus stellaire ; le projectile habité d’aventuriers sautillants, pétillants et endimanchés. Le court-métrage est un chef d’œuvre du 7ème art, un bijou d’Imaginaire pur qui, 12 minutes durant, offre un point d’orgue au cinéma fictionnel muet. Sous-titres ancêtres des voix off ciné à venir, noir et blanc tressautant et aux contrastes affirmés, scènes alertes, vives et saccadées, plans frontaux systématiques cousins de ceux que le théâtre offre aux spectateurs du premier rang.

Mélies, c’est aussi et majoritairement, une œuvre foisonnante, une myriade de bouts de films (près de 500), docus et le plus souvent fictions, pour la plupart perdus de vue ou détruits par le réalisateur lui-même quand, acculé à la faillite, il désespéra. Méliès : des éclats de fictions inspirés, tournés à la manivelle en 14 images/seconde, plus proches de la Féérie, voire du Fantastique que de la Science-Fiction ; des rêves merveilleux et obstinément décalés de la réalité en cours ; des pièces d’un puzzle gigantesque témoins d’un Imaginaire d’auteur totalement détaché du quotidien, tout entier tourné vers une restitution cinématographique purement virtuelle.

Méliès, un grand enfant ?  Sa famille était dans la chaussure de luxe, un marché commercial florissant, lui assurant un avenir sans problème financier. Le futur réalisateur s’y refusa et, en conséquence vendit ses parts à ses frères, préférant la prestidigitation qui lui laissa bientôt entrevoir tout le profit artistique et financier qu’il pouvait tirer du cinéma naissant. Ainsi naissent les rêveurs, ces fous visionnaires qui, en marge, ne feront jamais comme les autres.

En background, au-delà de la seule évocation de la personnalité et de l’itinéraire de vie du réalisateur, « Méliès à la plage » explore dans son jus toute une époque. Entre la préhistoire graphique de l’image simplement dessinée voire peinte et la modernité de celle offrant l’illusion du mouvement, il est question, entre autres, de l’incendie tragique du Bazar de la Charité dû à un projecteur ciné en flammes ; de trucs de scène révélés, importés du théâtre de l’illusion et adaptés sur pellicule (substitution, cache et contre-cache) ; de « L’arroseur arrosé », de « L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » … tout un bric à brac de détails enchevêtrés qui font les délices de la lecture.

Méliès, un pionnier cinéaste d’importance, passionné et jusqu’auboutiste dans ses choix, s’obstinant trop longtemps dans ses plans théâtraux, le plus souvent frontaux. La faillite le terrassa quand il ne sut plus s’adapter aux tournants que prit le genre.

Je ne suis pas cinéphile. Ou si peu. Ma culture 7ème art, s’est révélée, avec le temps, diffuse, sporadique et ponctuelle. Je ne me suis intéressé au genre qu’au coup par coup depuis, qu’adolescent, d’autres passions sont venues squatter tout mon temps libre : SF surtout, mais aussi BD, polar et rock. Néanmoins, de temps à autre, sur le fil d’un roman lu et apprécié, curieux de son adaptation ciné apte à dévoiler un autre regard que le mien, je me suis tourné vers certaines biographies ou essais, voire des romans baignant dans le 24 images/seconde. C’est le cas, pour ces derniers, de « Le crépuscule des stars » de Robert Bloch qui narre, avec passion, la transition, quelquefois tragique, du muet hollywoodien vers le parlant. D’autre part, mon intérêt pour la SF, m’a conduit à frôler, néanmoins sans approfondir, le Merveilleux, le Fantastique et la Féérie chers à Georges Méliès, trois éléments moteurs de son univers cinématographique. Rien d’étonnant, en conséquence, à ce que la présente biographie m’ai attiré l’œil.

Merci Babelio, Masse Critique, l’auteur et l’éditeur. Je ne regrette rien, m’étant laissé entrainer, sur le fil d’une prose aisée et érudite, par un étonnant et passionnant voyage dans le temps. Les pages se tournaient d’elles-mêmes comme se déroule une bobine de pellicule ciné … qui, soudain libérée, son dernier mètre fouettant inlassablement l’air, laisse revenir la pleine lumière dans la pièce. Méliès, et l’ouvrage dans la foulée, surent capter la réalité derrière les décors truqués et la fiction sous les sunlights. Sacré témoignage que celui offert.. !

vendredi 10 juillet 2026

Le Cactus et l'Avocat

    Un avocat et un mini-cactus posés sur une table de jardin sous les lumières rasantes d'un petit matin d'été.

    J'ai appuyé sur le déclencheur de l'appareil photo quand j'ai entrevu intuitivement dans la scène l'évocation de deux collections SF.

    Lesquelles ?

samedi 13 juin 2026

La vieille anglaise et le continent – Jeanne-A Debats

 

Nouvelles ED. ActuSF – Collection Nagopi (2026)


Les Nouvelles Editions ActuSF ont inauguré, il y a peu, sous le titre générique de « Nagopi », une collection dédiée aux novellas de SF, de Fantastique et de Fantasy. On y trouve « La vieille anglaise et le continent » de Jeanne-A Debats. C’est une réédition de 2008, issue du catalogue Griffe d’Encre. Pour l’occasion, le titre en renaissance est agrémenté en postface d’une courte interview de l’auteure qui remet en actualité ses thématiques internes. C’est le troisième volume de la collection. L’ouvrage eut son heure de gloire en territoire SF, quand il fut couronné de prix (Julia Verlanger, Rosny aîné, Grand Prix de l’Imaginaire, Prix du lundi). La une de couverture est illustrée par Melchior Ascaride qui participe à chaque occurrence de la collection et que l’on croisa aux « Moutons Electriques ». La 4 de couv, en bas à droite, affiche la mention « Ce livre est 100% humain, sans recours à l’IA » ; des temps éditoriaux étonnants sont à venir. Là, on est prévenus et c’est légitime.. !

« La vieille anglaise et le continent » pourrait prendre place aux sommaires d’éditions réactualisées d’« Histoires écologiques » et « … de clones », en Livre de Poche,  dans « La Grande Anthologie de la Science-Fiction », au titre des nouvelles significatives ayant exploré récemment ces thématiques. Mais son format, celui de novella, l’en empêche … mais ce n’est pas un défaut, bien au contraire, l’espace laissé à sa disposition lui convient à merveille.

La novella est un espace littéraire cher à la Science-Fiction. Le genre, par le passé, a su tirer des fruits succulents des limites qu’elle impose aux auteurs qui souhaite s’y essayer. C’est un format quantitatif qui se situe, en nombre de signes, à équidistance du carcan resserré de la nouvelle et du format plus classique du roman. L’hypertrophie digressive du cycle, parfois démesurée, lui est hors d’atteinte, appartenant à d’autres mondes où la crédibilité vient de la somme des détails accumulés. La novella autorise, sur le fil de postulats simples rapidement essorés de leurs conséquences, des territoires scénaristiques oscillant entre le strict nécessaire et la boulimie de mots des séries à rallonges. Face à face: d’un côté, économie d’idées et de mots ; de l’autre, effervescence de signes et intrigues boursoufflées. Ainsi, pour un auteur, au cœur d’une troisième voie, la novella offre la sensation d’encore prendre son temps entre, brièveté oblige, économie d’intentions et espaces littéraires infinis. Il y a sprint d’un côté, course de fond de l’autre ; au mitan se trouve une formule dans laquelle, ici, Jeanne-A Debats va nous proposer « La vieille anglaise et le continent ». Elle s’y sent à l’aise. A nous d’en profiter… !

La novella qui nous occupe suit deux fils narratifs parallèles (dont l’un est à la première personne du singulier) qui, convergents et enchevêtrés au plus serré, n’occupent qu’une centaine de pages entre écologisme baleinier radical et sa contre-partie industrielle, hard sf biologique et poésie narrative, par instants, de toute beauté. Les postulats de départ sont passionnants et judicieux ; tout autant que d’actualité car l’on vient d’annoncer, ces jours-ci, la découverte d’un gigantesque cimetière de baleines dans l’Océan Indien. Le Continent imaginé par l’auteure ?

Le plus grand cimetière de baleines au monde découvert au fond de l'océan Indien (France Info)

Mine de rien (mais est-ce, après tout, étonnant, le Sens of Wonder induit est si proche … !) nombre de romans SF, en backgrounds spectaculaires, mettent en scène des cétacés comme moteurs d’intrigues science-fictives: baleines et cachalots volants qui, en compagnie d’Hommes-Jonas, participent à « La Compagnie des Glaces » de G.J. Arnaud ; celles, spatiales, de « Baleinier de la nuit » de Robert-F. Young … et en cousins d’espèce, les dauphins de David Brin et de Robert Merle… etc. Jeanne-A Debats, quant à elle, jette sur la thématique baleinière un regard d’eco-warrior en écho aux convictions de la « vieille anglaise » acariâtre et désabusée qu’elle met en scène. C’est une héroïne qui, à l’agonie d’un cancer généralisé, dans un ultime baroud d’honneur écologique, accepte « la transmission d’esprit », que la science lui propose, dans le dans le corps d’un grand cachalot male. C’est l’équivalent « homme/animal » du transfert « homme/clone » présent dans « Carbone modifié » de Richard Morgan, « La jungle hormone » de Robert Reed, « « Reconstitué » de Sean Williams…). « La vieille anglaise » s’y résigne à deux doigts de l’ultime instant de bascule entre vie et mort, comme solution transhumaniste vers le bonus de vie, de bouts de survie en bouts de survie, voire l’immortalité. Un esprit donneur à un corps receveur, d’un être à l’agonie vers un corps ô combien différent … l’ébauche de moyens de lutte nouveaux au profit d’une espèce en voie de disparition.

La suite, pour ne pas spoiler, appartient à un récit … à qui est offert une deuxième vie à l’usage des lecteurs qui, comme moi, sont passés à côté de la première… Ils ne regretteront pas d’être passés par là.

SP. Merci à l'auteure et à ActuSF Editeur.

lundi 18 mai 2026

La fille du bois tordu (Une aventure de Robert Le Diable) – Isaac Wens (BD)

 Mosquito Ed. (2026)

« La fille du bois tordu » est une bande dessinée française parue en février 2026 aux Ed. Mosquito. Elle est signée, textes et dessins mêlés, par Isaac Wens. C’est l’épisode inaugural d’une série intitulée « Une aventure de Robert Le Diable ». L’album semble néanmoins faire suite naturelle à un one-shot éponyme de 2000, du même auteur et chez le même éditeur. « La maison des broyeurs d’os », le tome à paraitre, au titre sinistre mais prometteur, sera, je l’espère, fortement teinté du même Fantastique classique brassé de régionalisme gersois. Tout un programme.. !

Entre les mains du lecteur, sous ses yeux amusés, s’amorce un étonnant pot-pourri jubilatoire imbriquant maints stéréotypes du Fantastique classique : la maison et le bois hantés, les pluies de crapauds comme témoins d’activités diaboliques, le croquemort et sa charrette transportant les cercueils … etc. Nombre de figures de proue du genre resurgissent : le vampire, le loup-garou, la sorcière, le fantôme (celui de d’Artagnan), l’enfant différent. Une belle collection d’êtres marginaux teintant l’atmosphère d’étrangetés. L’intrigue regorge de clichés comme autant de clins d’œil ; ils interagissent en toute crédibilité scénaristique. Il n’y a pas détournement de stéréotypes mais hommage au genre.

L’intrigue prend place, début XXème siècle, en Gascogne, un pays de légendes campagnardes s’il en est … mais aussi à Londres, durant un hiver aux nuits brouillées par le Fog, ses cimetières lugubres, ses rues peu sures…

 « Le Bois Tordu » dans le Gers. Un lieu hanté ? Un croquemort s’y rend, apeuré. Sa charrette portant un cercueil vide. Une pluie de crapauds. Un sentier tortueux, couvert et ténébreux. D’un côté l’autre, de hauts arbres serrés, creux et tourne-vrillés, séculaires et dénudés. Une étroite et sombre clairière. En son centre, une haute demeure biscornue, à colombages aberrants, sans aucune logique d’assemblage.

Là habite Mr. Schrôdinger, « L’immortel », l’ancien bagnard centenaire, tatoué de signes cabalistiques par William Blake lui-même (si, si.. !). Il est celui qui vient de mourir (ou presque) et qu’il va falloir dépecer… Le défunt, sa nièce et son neveu ; tous trois, de par leurs attitudes, semblent emprunter à la Nuit et à ses Créatures. Mais va savoir de quel côté de la pièce ils vont retomber, du Bien ou du Mal ? Suite au prochain épisode.

La « Mésange », celle qui, de noir vêtue, furète et chaparde autour des maisons. Un brin mauvais œil aux dires des gens alentours. Jeune allemande aux français malaisé. Sorcière aux pieds nus et aux yeux vairon… Son frère, le « Drôle », un enfant boulimique, muet et au faciès lunaire. On les dit, tous deux, maudits… mais va savoir ?

Londres, enfin, où, sur un modèle cousin de la « Ligue des gentlemen extraordinaires », le Pyecraft Club se montre friand de demeures hantées et de soirées spirites. Le cercle savant y étudie les phénomènes paranormaux qu’on lui rapporte. S’y s’agitent de biens curieux personnages qui furètent autour des tombes profanées ou dans l’ombre des médiums envoûtés.

Un chasseur de vampires, chapeauté à la Van Helsing, armé de pieux de bois affutés, de gousses d’ail, d’eau bénite et de balles d’argent fondu. Le même, sujet, les nuits de pleine lune, à de violentes crises de lycanthropie… Robert Le Diable, un jeune reporter-photographe de « La Revue des Curiosités » ; trépied, chambre noire et plaques sensibles en bandoulière ; un journaliste fureteur de l’étrange et du surnaturel, en chasse de scoops … Une remuante commode Louis XV hantée, aux pieds frêles, tremblotants, fébriles et trébuchants. Tintamare dans toute la maison… Deux pendus à la croisée des chemins ; un pentacle tracé dans la poussière du grenier, une patte de taupe cousue sur un écusson de soie rouge…

La suite appartient au récit. Vous y croiserez les Autres et le reste. Les surprises seront nombreuses.

L’influence scénaristique de Jacques Tardi, via « Adèle Blanc-Sec », semble manifeste. Le Cimetière de Bunhill Fields rappelle celui de « Momies en folie ». La nuit, des squelettes hébétés s’échappent des caveaux et déambulent lentement, zigzaguent dans les rues londoniennes ensommeillées. Le même humour s’agite aux détours de situations décalées semblables. Le scénar est inspiré, bien agencé dans ses avancées, rythmé dans ses péripéties successives. Le graphisme, semi réaliste, colle au propos de belle manière. Le tout est plaisant… et est à recommander.

Merci Babelio, Masse Critique, l’auteur, l’éditeur.




samedi 4 avril 2026

B.E.T. (Bestioles Extra-Terrestres)

 
Allez-va, je remets çà. Cà faisait une paille.

    J'inaugure, ici et maintenant, les B.E.T. (Bestioles Extra-Terrestres). Il y en aura d'autres si la bonne humeur m'y pousse et qu'elles naissent, une nouvelle fois sous le critérium, la gomme et l'encre noire, plus bêtes que méchantes, presque hilares...

    Y voir un hommage, en passant, à Jack Vance, un prolifique écrivain US de SF qui imagina une ribambelle de créatures extra-terrestres crédibles (ou pas) au rythme de nombreuses nouvelles et romans, de planet-operas aux world-buildings travaillés, tous plus etonnants les uns que les autres.

    Les miennes de bestioles sont, au final, rigolardes et gentiment pépiantes, moins méchantes et irritables qu'elles n'en ont l'air sous leurs faciès loufoques. 

    Elles sont toutes collées sur le background torsadé du format A4. J'en ai expérimenté des dizaines, n'en gardant que les plus déjantées, les sauvegardant dans une boite à chaussures sous mon lit. Cette dernière s'est ouverte toute seule il ya deux nuits. Les B.E.T. ont fait un de ces boucans sur le plancher, dans les placards, cave et grenier. Je n'ai pas dormi. 

    Maintenant, les voici sur le Net, planquez-vous. 


MaJ du 18/05/2026

MaJ du 22/05/2026





vendredi 3 avril 2026

Fragments d’un dieu mourant - Jonathan Brychcy


ActuSF Ed. Collection « Nagori » (2026)


Les Nouvelles Editions ActuSF s’ouvrent désormais aux novellas. Il s’agit d’un format littéraire, somme toute, assez peu courant en France, mais qui semble recueillir, ces temps, les faveurs du lectorat hexagonal d’Imaginaire. Une nouvelle collection SFFF, « Nagori », est à elles seules dédiée. A son catalogue naissant se
greffent Fantasy et Science-Fiction (dont, si je ne me trompe pas, le grand retour de Thierry Di Rollo, rien que çà…!). D’après le rabat de la 4 de couverture, « Nagori » signifie « Ce qu’il reste des vagues » ; il y est précisé : « C’est la beauté persistante de ce qui vient de s’éteindre, la nostalgie de ce qu’on laisse partir ». Les illustrations dédiées sont signées Melchior Ascaride qui se fit remarquer, entre autres, chez les récents défunts Moutons Electriques. Elles forment de l’une à l’autre, et dans l’ordre chronologique de parution, une fresque en continu qui promet de trouver suite graphique avec les volumes à venir. J’aime bien l’idée, même si elle a déjà été utilisé, par exemple, in « Les neuf Princes d’Ambre » de Zelazny en rééditions Présence du Futur de 1995.

« Fragments d’un dieu mourant » inaugure la collection ; c’est aussi le premier roman d’un jeune auteur tout frais, tout neuf : Jonathan Brychcy. Il semble à son aise sur le world building plus conséquent offert par le format novella.

Un roman issu des Littératures de l’Imaginaire vit de son postulat de départ. Crédible ou pas ce dernier mène la danse, tout le reste en découle. Celui imaginé par Brychcy est original et prometteur. Ici, c’est de Fantasy dont il s’agit ; plus précisément d’un Pays de Moyen-Age ; d’un Roi élu malgré lui par une énigmatique Déesse « en son jardin » ; d’un jeune Garde Royal, amant du monarque, héros sans nom, soldat dévoué, fidèle et profondément amoureux ; s’y trouvent aussi des Dieux, les « Immuables », disparus sans raisons apparentes, allez savoir pourquoi ; un petit peuple entre adulation du monarque et révolte sanglante …..

… de l’humeur royale dépend la météo sur le Royaume. Le monarque, entre petits bonheurs du jour et dépression majeure chronique, influence le temps qu’il fait, du grand beau entre les bras de son jeune amant vers l’exécrable. En conséquence sur le Pays : les brefs printemps heureux, souriants et aux généreuses récoltes alternent avec les longs hivers brutaux où la famine sévit et la mort frappe.

« Fragments d’un dieu mourant », au-delà d’un fond somme toute classique, use d’une forme qu’il convient au lecteur d’apprivoiser ; c’est un OLNI tout d’abord déroutant, bientôt un puzzle ingénieux où chaque pièce prend sa place ; l’esthétique littéraire qu’il propose déconcerte. Il laisse remonter le souvenir d’une SF expérimentale qui eut son temps de gloire.

Il en découle une novella qui se mérite ; où chaque mot pèse de son importance sur un tout qui se dessine peu à peu ; où chaque phrase, au-delà de la musique interne de ses syllabes, génère une poésie lumineuse ou de ténèbres, au rythme des jours heureux ou des noirs cauchemars traversés par le Roi. Au lecteur de prendre son temps, d’accorder attention aux mots qui passent. Le plaisir est à ce prix.

Pas très Fantasy de choix, plutôt SF d’intention, j’ai été, malgré tout, attiré par le pitch étonnant d’une novella atypique.

Merci à l’auteur et à ActuSF.

lundi 23 mars 2026

Le Monde Enfin - Jean-Pierre Andrevon

 


Fleuve Noir Ed - Collection "Rendez-vous Ailleurs" (2006)


Ce qui suit reformule à minima une chronique de 2007, encore en ligne sur CSF.

   "Que prendrez-vous .. ? Beaucoup de bonnes choses sont au menu. Régalez-vous..!

    Le sempiternel refrain post-apo andrevonien ? Celui de la Fin (avec un grand "F"), celui entonné dans le "Désert du Monde". Un Monde crevé, une Terre Morte à la façon d'un cocktail mitonné par Dick, Brown, Simak et Aldiss, Tarzan (!!!!!!!!!), François Truffaut et Noé

    _façon Dr Bloodmoney, atome radioactif en moins mais prion viral galopeur en plus, sans oublier l'astronaute enfermé dans son satellite en orbite..! 

    _Façon Barbe-Grise quand la population humaine survivante (un soupçon: à peine 1/1000..!) est stérile, vieillit donc sans espoir de descendance..! Pensez-donc, la jeune de soixante ans a encore ses règles, Youpi..! Chasse à l'érection fécondatrice, quitte à ne la trouver qu'à l'autre bout de la France. Les vieilles espèces animales se sont quelquefois éteintes à défaut d'une simple rencontre entre un male et une femelle, pourquoi pas l'Homme..! Chasse au male donc..! Mais ne vous y trompez pas, aucun relent misogyne à craindre. 

    _Façon Fredric Brown, mais sans humour: "Je suis le dernier homme sur Terre et quelqu'un frappe à la porte". 

    _Façon "Le Monde Vert", d'Aldiss, quand la nature reprend ses droits. Un Paris, un Avignon tropical envahis par la végétation (Il m'est venu en lointain souvenir graphique d'un Valérian et Laureline de 1970: "La cité des eaux mouvantes". 

    _Façon "Demain les Chiens" de Simak quand la faune oublie peu à peu l'Homme qui se meurt de ses gonades infertiles. Simak nostalgise, Andrevon assène : "Bien fait..! Qu'il crève..! Qu'il tire sa révérence...!" Il n'apprécie guère le genre humain, mais quel brillant animal de laboratoire à étudier sous les ultimes coups de boutoir d'une nature qui tient désormais les rênes. PS: son dédain, son mépris s'accompagnent de beaucoup de tendresse pour les divers protagonistes. 

    _Façon Tarzan car à défaut d'un Homme-Singe l'auteur nous offre une Princesse des Rats à rééduquer façon Truffaut dans "L'Enfant Sauvage". 

    _Façon Noé en repeuplant le Monde d'une Arche dans laquelle un couple humain se cherche une survie..! 

    On pourrait lui en vouloir à Mr Andrevon des divers emprunts ci-dessus. Ben non même pas (du moins pas moi), car le vieux grenoblois tient la route, le guidon bien droit, le style bucolique au ras du clavier, la haine (toujours elle..!) de ce qui porte kaki et goupillon (même s'il s'est diablement assagi), l'écologie comme un levier-ressort à remonter la mécanique du Monde..!

     Il nous l'avait bien dit il y a fort longtemps dans un recueil de nouvelles: "Il faudra bien se résoudre à mourir seul" et ben non, peut-être pas dans ce "Monde enfin" qui réconcilie (un peu..!) Andrevon avec l'Homme, tant il injecte de l'espoir dans l'épilogue de ce roman qui, au final, est un vrai bonheur..! 

    Monsieur Andrevon, il semblerait que du pinceau, vous aimez la peinture figurative; savez-vous que de mots en couleurs et de certaines phrases en arc-en-ciel votre Monde mort est magnifique dans sa Nature retrouvée. 

    Et que dire de vos héros, qui n'en sont pas justement, sinon à l'égal de vous et moi, des hommes simples ayant retrouvé le goût des choses simples..!

PS: Un grand merci à quelqu'un qui se reconnaitra de m'avoir offert mon premier roman dédicacé..!"
















        

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