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lundi 23 mars 2026

Le Monde Enfin - Jean-Pierre Andrevon

 


Fleuve Noir Ed - Collection "Rendez-vous Ailleurs" (2006)


Ce qui suit reformule à minima une chronique de 2007, encore en ligne sur CSF.

   "Que prendrez-vous .. ? Beaucoup de bonnes choses sont au menu. Régalez-vous..!

    Le sempiternel refrain post-apo andrevonien ? Celui de la Fin (avec un grand "F"), celui entonné dans le "Désert du Monde". Un Monde crevé, une Terre Morte à la façon d'un cocktail mitonné par Dick, Brown, Simak et Aldiss, Tarzan (!!!!!!!!!), François Truffaut et Noé

    _façon Dr Bloodmoney, atome radioactif en moins mais prion viral galopeur en plus, sans oublier l'astronaute enfermé dans son satellite en orbite..! 

    _Façon Barbe-Grise quand la population humaine survivante (un soupçon: à peine 1/1000..!) est stérile, vieillit donc sans espoir de descendance..! Pensez-donc, la jeune de soixante ans a encore ses règles, Youpi..! Chasse à l'érection fécondatrice, quitte à ne la trouver qu'à l'autre bout de la France. Les vieilles espèces animales se sont quelquefois éteintes à défaut d'une simple rencontre entre un male et une femelle, pourquoi pas l'Homme..! Chasse au male donc..! Mais ne vous y trompez pas, aucun relent misogyne à craindre. 

    _Façon Fredric Brown, mais sans humour: "Je suis le dernier homme sur Terre et quelqu'un frappe à la porte". 

    _Façon "Le Monde Vert", d'Aldiss, quand la nature reprend ses droits. Un Paris, un Avignon tropical envahis par la végétation (Il m'est venu en lointain souvenir graphique d'un Valérian et Laureline de 1970: "La cité des eaux mouvantes". 

    _Façon "Demain les Chiens" de Simak quand la faune oublie peu à peu l'Homme qui se meurt de ses gonades infertiles. Simak nostalgise, Andrevon assène : "Bien fait..! Qu'il crève..! Qu'il tire sa révérence...!" Il n'apprécie guère le genre humain, mais quel brillant animal de laboratoire à étudier sous les ultimes coups de boutoir d'une nature qui tient désormais les rênes. PS: son dédain, son mépris s'accompagnent de beaucoup de tendresse pour les divers protagonistes. 

    _Façon Tarzan car à défaut d'un Homme-Singe l'auteur nous offre une Princesse des Rats à rééduquer façon Truffaut dans "L'Enfant Sauvage". 

    _Façon Noé en repeuplant le Monde d'une Arche dans laquelle un couple humain se cherche une survie..! 

    On pourrait lui en vouloir à Mr Andrevon des divers emprunts ci-dessus. Ben non même pas (du moins pas moi), car le vieux grenoblois tient la route, le guidon bien droit, le style bucolique au ras du clavier, la haine (toujours elle..!) de ce qui porte kaki et goupillon (même s'il s'est diablement assagi), l'écologie comme un levier-ressort à remonter la mécanique du Monde..!

     Il nous l'avait bien dit il y a fort longtemps dans un recueil de nouvelles: "Il faudra bien se résoudre à mourir seul" et ben non, peut-être pas dans ce "Monde enfin" qui réconcilie (un peu..!) Andrevon avec l'Homme, tant il injecte de l'espoir dans l'épilogue de ce roman qui, au final, est un vrai bonheur..! 

    Monsieur Andrevon, il semblerait que du pinceau, vous aimez la peinture figurative; savez-vous que de mots en couleurs et de certaines phrases en arc-en-ciel votre Monde mort est magnifique dans sa Nature retrouvée. 

    Et que dire de vos héros, qui n'en sont pas justement, sinon à l'égal de vous et moi, des hommes simples ayant retrouvé le goût des choses simples..!

PS: Un grand merci à quelqu'un qui se reconnaitra de m'avoir offert mon premier roman dédicacé..!"
















        

dimanche 22 mars 2026

Guillotine sèche – René Belbenoit –

 

 La Manufacture de livres Ed. (2025)

Dans la peau d’un forçat en « je narratif », embarquement immédiat pour Cayenne. Son bagne durant les années 20’s et 30’s. C’est, tristement célèbres Saint-Laurent du Maroni, l’Ile du Diable, celles Royale et Saint-Joseph…  il y a peu Dreyfus et bientôt Seznec…. Ici, 250 pages durant, un autre témoignage…

«Guillotine sèche ». Le titre intrigue. Que signifie-t-il ? Benoit Belbenoit, l’auteur, avait choisi de première intention « Les Compagnons de la belle » pris dans le sens d’« évasion », de « cavale ». Le nouveau choix, une fois décrypté dans le cours du récit, se montre plus percutant dans ses intentions, d’une force implacable et d’un impact foudroyant. L’explication frappe le lecteur comme un uppercut au menton. Le grand reporter Albert Londres en est à l’origine lorsque, visitant le bagne de Cayenne, les Iles du Salut et surtout celle de St-Joseph, ses mots « à-la-une » comparent l’invention sanglante de Guillotin à la mort lente et inéluctable promis par Cayenne à ses détenus. Après tout, pourquoi ne pas préférer la première, instantanée, tant la mort y semble plus charitable ?

« Dry Guillotine » est l’autobiographie d’un bagnard qui connut l’enfer pénitentiaire de Cayenne durant les années 20’s et 30’s. Il s’en évada quatre fois mais à chaque tentative fut repris ; la cinquième, à destination de Los Angeles, fut un succès. Le récit, dans sa plus grande part, couvre ses années parisiennes d’adolescent délinquant, celles terribles de détention en Guyane, et enfin d’exil en Californie. L’ouvrage est sorti en 1938 et devint, dans la foulée, un best-seller aux USA ; en France le succès fut plus confidentiel et peut s’expliquer par le fait que l’homme, désormais libre, ne pouvant regagner la métropole, fut contraint à l’exil outre-Atlantique.

Né en 1899 et décédé en 1959 (ce n’est pas sans importance, voir plus loin), tôt jeune délinquant devançant l’appel de 14-18 pour échapper à la maison de correction pour de menus larcins vol et récidives, c’est un bagnard condamné à l’âge de 22 ans à huit ans de travaux forcés, bientôt gonflés de lourdes peines satellitaires pour évasions successives ratées. Déporté à vie en tant que « libéré » Il semble avoir été le seul à réussir à s’échapper de Cayenne.

L’auteur dissèque dans le détail, nombre d’anecdotes aidants, son existence de bagnard. Toutes ces années de maltraitance légale l’ont placé sur le fil d’un funambule oscillant sans cesse, de droite et de gauche, entre instinct de survie et désespérance, liberté à tout prix et fatalisme. Belbenoit dénonce et condamne les principes administratifs absurdes et inhumains qui firent de Cayenne un enfer sur terre où maints forçats périrent sous les coups de butoirs d’une violence d’état inassumée, les punitions et châtiments disproportionnés (guillotine incluse), la malnutrition et la misère physiologique induite. Y sont en outre décrits les systèmes de corruption honteux imposés en sous-main par certains fonctionnaires ; la « débrouille », les mille et un moyens pour les détenus de se faire un peu d’argent. Il détaille le système carcéral de ce bout du monde perdu et le cadre tropical et humide qui l’entoure. La jungle, les bêtes sauvages, la quinine, la mort nu-pieds dans la boue, les travaux forcés sous un soleil de plomb, les cachots de l’Ile Saint-Joseph où le silence imposé tue les âmes, les dépravations imposés, les règlements de compte, la fosse commune pour solde de tout compte. Tout concoure à une honte française… !

Le lecteur pénètre peu à peu dans un enfer micro-sociétal fortement hiérarchisé où la survie déguise physiologiquement les bagnards en morts-vivants ; se faufile hypocritement entre corruptions tous azimuts et dessous de tables ; les espérances de vie y sont massacrées.

Qui pour se souvenir de « Papillon » signé Henri Charrière ? J’ai lu ses mémoires à parution en 69. Je me souviens qu’à l’époque, en ITW l’auteur revendiquait tous les faits décrits comme lui étant advenus. J’ai vu le film avec Steve McQueen et Dustin Hoffman sur grand écran en 73, ensuite à la TV à de multiples reprises. On note, les deux supports confondus, nombre de rapprochements étonnants avec le bouquin de Belbenoit. La rumeur courrait : Papillon dans ses mémoires s’était offert sur le papier un supplément d’aventures qui n’étaient pas tout à fait les siennes. Dans l'ombre de "Papillon" (1969), "Dry guillotine", de parution largement antérieure (1938), lui ressemble beaucoup (trop ?) et mérite davantage en notoriété.



mardi 17 mars 2026

Les mille verbes – Alexandre Decrauze (BD)

 

Les Nouvelles Editions ActuSF - Collection Ithaque (2026)

« Les mille verbes » aux Nouvelles Editions ActuSF, dans leur nouvelle collection « Ithaque » (2026), est, en one-shot BD, la louable et justifiée restitution papier d’un webtoon en ligne (2013). Le titre en est éponyme et le contenu retravaillé par les soins de son dessinateur/scénariste Alexandre Decrauze. C’est, au final, et pour le moins, au-delà d’un premier roman graphique plus que prometteur, une réussite picturale et scénaristique.  « Les mille verbes » : une œuvre atypique qui se mérite et où le plaisir de lire quelque chose de différent emporte tout. L’album lorgne ainsi vers l’O.L.N.I. ; il surprend, étonne et lecture achevée, enthousiasme par son originalité. La dernière page tournée laisse un goût agréable de « reviens-y ».  C’est tout ce qu’on souhaite à l’ouvrage ..!

Au départ, pourtant, pour me plaire, rien n’était acquis. Au-delà de la une de couverture de toute beauté, les premières pages m’ont, de prime abord, étonné. Le graphisme embarqué, est un mélange, il me semble, mais je peux me tromper, de dessins au trait rapide et bousculé, de gouaches et d’aquarelles aux couleurs inspirées. Il n’est pas inintéressant, loin de là, mais se montre ici peu en accord avec l’orthodoxie d’une BD classique. Il suffit pour adhérer, et ça ne dure guère, de se laisser prendre par la main pour que tout rentre dans l’ordre, de se laisser accaparer par le charme ambiant, de disséquer le pourquoi de la manière, d’en comprendre les mécanismes à l’œuvre, les assimiler, les faire siens, s’enthousiasmer des interactions habiles qu’il y a entre un scénario en béton et des dessins plus riches qu’il n’y parait. Les deux, intrigue et crobars, côte à côte, pour que … la fête commence et se montre belle.

En France. En province. Au XVIIIème siècle, lorsque s’ébauchent les premiers soubresauts annonciateurs de la Révolution. A l’époque royale des aristos miteux, ex-roturiers opportunistes, aux titres de noblesse arrachés, souvent par la force et l’argent à nombre de nobliaux ruinés. Aux temps incertains des relais de poste isolés, des diligences cossues, rebondies, cahotantes et aux chevaux harassés ; des auberges de campagne peu sécures ; des spadassins, tueurs à gages, détrousseurs de grands chemins…. des villes aux chiches lumières et au pavé luisant, là où sévissent coupe-jarrets et hommes de main.

Claude de Horville, surnommé la Pustule en raison d’un énorme molluscum-pendulum accroché à son proéminent tarin turgescent, est un anti-héros comme on aime les détester. Il se montre proche du fieffé coquin Benvenuto Gesufal tel qu’imaginé par Jean-Philippe Jaworski dans « Gagner la guerre ». C’est un fourbe rusé, menteur sans vergogne, bluffeur, parieur invétéré, tricheur habile aux cartes truquées et aux jeux d’argent, fripouille attentive aux bourses sonnantes qui ne sont pas les siennes, beau parleur cajoleur et roublard, homme à femmes, surtout celles des autres. C’est une grande gueule abjecte et bravache, un menteur, un scélérat attaché aux entourloupettes qu’il mijote sans remords. Mais son destin va changer quand, allant jusqu’au meurtre, il va subir la malédiction d’une de ses victimes. Désormais pauvre hère assommé par la damnation qui le menace, homme désormais affaibli en fantôme de lui-même, il est peu à peu psychologiquement miné par le machiavélisme de la malédiction qui le ronge, le mine, le domine.

De rencontre en rencontre, sur le fil du pire, d’aventure en aventure … jusqu’à l’épilogue.

D’une roulotte bohémienne à un monastère isolé où cacher ses silences en passant par une cabane misérable, perdue dans les bois, où aurait pu naitre l’amour ; d’un tripot sordide où s’anime la fièvre du jeu à une chambre d’hôtel minable où, en ville, terrer sa solitude ; d’un ours en peluche éventré aux yeux en boutons de culotte à un carnet de croquis et de poésies…. Ni remords ni rédemption, juste une simple lutte de survie, où se greffe bientôt le Fantastique, à tenter de ralentir le temps qui passe ; le héros ne regrette rien, seuls comptent les moyens pour économiser ses mots et s’en sortir car…

« Je t’ai laissé mille mots à prononcer avant que tu ne rendes ton dernier souffle. J’ai hâte d’entendre ta réplique finale ».

Au prononcé d’une telle malédiction s’amorce le compte à rebours d’une vengeance implacable. La personne qui maudit est une jeune bohémienne aux parents trucidés sous ses yeux. Ceux ciblés par la damnation, Claude de Horville et son frère, coupables en sus de vols de bijoux. Une malédiction proférée dans la haine. Mille mots, seulement… et basta, la mort pour rendu de monnaie. Reste le solde sur peau de chagrin. De quoi économiser ses propos, se taire, apprendre le silence, fuir les autres et leurs désirs de conversation. Comment se tirer de ce mauvais pas, retarder l’échéance ? Horville, bouche cousue, à minima de mots, apprend la solitude, l’incompréhension que lui porte désormais les autres.

Merci à l’auteur et à l’éditeur…







lundi 9 mars 2026

Les biches électriques

    Près de chez moi..! Superbe..! Vraiment..!

    Dans un parc public. Parait qu'il y en a d'autres, tout aussi ravissants: un aigle ailes déployées et un ours. Je vais chercher..!

    J'ai tout de suite pensé à P.K. Dick via son "Blade Runner" ("Les androïdes rêvent t'ils de moutons électriques") et à une maison d'édition SFFF lyonnaise, "Les Moutons électriques", hélas, récemment défunte, même si cette ravissante sculpture à quelque chose en elle qui la rattache, aussi, au steampunk.






mardi 3 février 2026

Julius et Romea – Jeremiah n°12 – Hermann (BD)

 

Novedi Ed. (1986)

1986. « Julius et Romea ». 12ème tome d’un cycle prolifique, celui, signé Hermann, consacré à « Jeremiah ». Le dessinateur/scénariste, 48 pages durant, y abandonne le versant western qui avait fait la spécificité de la série et entre de plain-pied en territoire science-fictif classique. L’intrigue se situe à cheval entre le drame et l’humour. Tantôt l’un, tantôt l’autre. La frontière est ténue, le point d’équilibre instable.

Les Grandes Plaines sous un ciel d’été. Une immense cité de verre et d’acier ; une ville sans nom, moderne et luxueuse. Des gratte-ciels aux façades impressionnantes ; des éclats de lumière sur le verre et l’acier. Une splendeur arrogante qui se voit de loin, une incongruité citadine huppée dans un monde post-apo qui vient à peine de toucher le fond. Une société sous la coupe d’une élite friquée ; un tout renaissant bien trop tôt de ses ruines ; un pied de nez moqueur tiré à la misère alentour. Une New-Amérique singeant son riche passé isolationniste. Une idée de riches, pour les riches. En contrepartie : un monde replié sur lui-même, autarcique, jaloux de ses privilèges indus, protecteur des siens et implacable face aux errants du Monde Extérieur. En périphérie immédiate, une banlieue miséreuse, des ruines, un petit peuple à la marge, un sous-prolétariat mendiant les faveurs de la Haute-Société.

 Et Jeremiah et Kurdy dans tout cela ? Finances en berne (une fois de plus.. !), ils se font employer par la voirie municipale. L’obsession présidentielle du toujours plus propre pousse à l’embauche d’une main d’œuvre sous-payée et apparemment docile. Rien que des errants, des miséreux venus de l’Extérieur. Cantonniers, laveurs de vitres, hommes à tout faire … autant de tenues rayées. Tous tondus et épouillés. Nos héros : les n° 26 et 27, interdits de tout contact (surtout physique) avec les Résidents. Une Milice municipale brutale et implacable, en uniformes bruns, armée de pistolets et à la matraque facile.

En somme, une SF classique, contre-utopique de fond.

Il y a Le Président et son tendon d’Achille, Romea, sa fille, à ses yeux, intouchable. En rejet de l’autorité paternelle, elle n’a pas vu l’eau du bain depuis des années, sale comme un peigne, des mouches bourdonnant en nuées autour d’elle. Cradingue tout autant, Julius qui, à la limite de la zone protégée, joue de la cornemuse (sic) au pied de la tour de sa Belle. Tous deux : bien-aimés platoniques, mouches partagées, amours interdites en attente de happy-end (ou pas.. !). Odorama BD garanti, on s’y croirait. Les deux prénoms, à peine maquillés, ne trompent personne. L’emprunt shakespearien est évident. Le drame recommencé n’est, néanmoins, qu’un fil rouge en hommage rigolard. L’important est ailleurs.

Il y a Emma, la poupée gonflable en manque de rustines ; Rocky, son compagnon négligé, à l’affut voyeur, moqueur et cynique de ses contemporains devant son mur d’écrans clandestins ; Stone-B, le grand méchant type, déjà rencontré dans un épisode précédent ; une épouse délaissée et nymphomane, un taureau en colère …. 

Il y a « L’ange Noir » (dixit), au profil de super-héros masqué (Cf la une de couv), qui, en rébellion contre l’ordre établi, shoote dans les poubelles de la voirie, en déversant les immondices avant de s’enfuir. Qui-est-ce ? Patience et surprise. On dirait, le concernant, du Marvel Comics ; fallait oser ; l’anti-héros pouvait se montrer hors-sujet ; mais sa présence est légitime, le scénario en est enrichi.

Il y a l’Arène où se jouent, sold out, les destins des dissidents. Y périssent ceux qui émargent dangereusement de l’entre-soi ; ceux dont on doute, ceux dont on suspecte les incivilités ; les réfractaires à deux doigts de la rébellion ; les clandestins couleur murailles Et bien entendu, ni Jeremiah ni Kurdy n’agiront dans la norme, ne joueront pas le jeu, quitte à plonger dans les ennuis.

Comment une intrigue agglutinant autant d’éléments improbables peut-elle rendre un tout aussi réaliste ? Hermann rend la copie crédible d’un monde possible. Un miracle ? D’autant qu’il y fait tout ; l’homme est un couteau suisse de la BD : scénar, dessins et coloriages. Il y a peu, appelant à un co-auteur pour les textes, je parlais de potentialités perdues. J’avais tort. Le tome embarque, d’une vignette l’autre, une logique visuelle et scénaristique implacable ; tout s’enchaine sans accroc, en douceur. La compréhension des codes embarqués est immédiate. La preuve en est puisqu’Hermann fait l’impasse systématique sur les cartouches dans les vignettes. « Pendant ce temps », par exemple, est interdit de séjour. Economie judicieuse de moyens. L’action n’en est que plus rythmée. De l’art, c’est de l’art. Tout se déroule comme au ciné, voix off exclue. Ce n’est plus de la BD, c’est du cinoche ; les raccords habiles et astucieux, justifiés et efficaces, sont là pour le prouver.

Et pour finir, ce constat. Entre drame et humour, l’épisode n’est pas loin de se montrer, à mon avis, le plus réussi de la série.

jeudi 29 janvier 2026

Collectif - Noces d'or - Série Noire - Gallimard Ed.

 


Série Noire - Gallimard Ed. (1995)

A suivre… !

En 1995, la Série Noire proposait un cadavre-exquis signé de ses écrivains-maison.

Le principe : l’un des 38 auteurs sollicités commence une histoire sans présager de la suite à y donner (ce sera Manchette). Le second embraye sur la base de ce que le précédent a laissé ... et refile la patate chaude au troisième qui, à son tour … etc.

Joyeux b***** jubilatoire en approche lente où les uns, on le devine, vont coller sagement à la règle et les autres, faussement ingénus, semer la pagaille, quitte à ce que chacun y perde, peu à peu, ses petits. Du moins est-ce ce que je suppose advenir ? Qui lira verra.

Je suis curieux du résultat... où tout est possible.

Metal Hurlant, le mensuel BD, avait tenté une telle expérience. Le point de départ était un titre: "Coup dur à Stalingrad".

1. Jean-Patrick Manchette

2. Jacques Mondoloni

3.

.....

dimanche 25 janvier 2026

Son of a Gun - Pelaez et Corbet (BD)(2026)

 

Bamboo Ed. (2026)

C’est moi ou le Western, depuis quelques années, semble reprendre de l’allant ?  Le 9ème art y retrouve, avec succès, « le bon côté du colt » (dixit la 4 de couverture). Témoin ce « Son of a gun » qui, de part et d’autre du Rio Grande, se montre une savoureuse, rigolarde et joyeusement parodique BD Western. Elle est, en one shot tous publics, signée Philippe Pelaez (au scénario) et Sébastien Corbet (aux dessins) ; le tout est paru début 2026 aux Ed. Bamboo.

« Son of a gun .. ! », dixit les auteurs, signifie « l’enfoiré.. ! ». L’expression est adressée sur un ton admiratif à celui qui, armé d’un culot monstre, ose tout et revendique l’impossible; quand sa mauvaise foi devient si évidente qu’elle subjugue, prend tout l’espace et fait mouche ; quand un bluff audacieux et improbable est réussi contre toute attente. Elle colle au propos du western où règnent les coups tordus, ceux cyniquement vicelards, les arrangements crapuleux avec la loi et les entourloupes. En voici quelques-unes … en mode Western parodique.

Fin XIXème, sous le soleil brûlant du Texas et du Mexique, deux chasseurs de primes sans scrupules et un homme recherché pour escroquerie, s’associent pour retrouver le trésor perdu du Président de la République mexicaine.

C’est dans un esprit potache ouvertement assumé, (« … nous nous sommes bien amusés » dixit les auteurs dans l’encart en annexe), qu’il nous est proposé de sourire à leurs délires et pitreries via un scénario Western déjanté et décalé. L’ouvrage parodie allègrement le western-spaghetti des 60’s/70’s et pastiche, entre autres et surtout, la quintessence du genre, « Le Bon, la Brute et le Truand » (1966) de Sergio Leone. Lee Van Cleef (Sentenza), Clint Eastwood (Blondin) et Eli Wallach (Touko) renaissent en BD sous les traits de Kentucky T. McBride (« Le Bandit »), Dolores Cordora de Sandoval (« La Belle ») et Cleveland Kirtley, un « Nain » bavard, coléreux et vindicatif. Toute ressemblance avec les personnages de fiction voulus par Leone n’est pas fortuite.

Le graphisme semi-réaliste, hyperdynamique et ensoleillé de la BD (bien dans l’air du temps), ses dialogues itou, se prennent au jeu des détournements potaches, jubilatoires et ingénieux. En découle, au final, un hommage au 7ème art spaghetti non dénué de mérite et de réussite. Le lecteur, amusé et peu à peu conquis, cherche les ingrédients graphiques et scénaristiques qui convergent du 7ème art vers le 9ème.

Quelques exemples, parmi d’autres :

La une de couv se fait l’écho graphique peu discret de la célèbre affiche du film. C’est un bel hommage qui ne passe pas inaperçu. L’intention est claire … « déconne » jouissive à tous les étages.

L’un des personnages imaginés par le duo d’auteurs voit son faciès peu à peu se métamorphoser en celui de Lee Van Cleef (la Brute), une figure hollywoodienne inquiétante et trouble, un acteur ciné pour le moins récurrent du Western-Spaghetti.

On peut lire dans un phylactère : « Le monde se divise en deux catégories, ceux qui sont grands et qui étayent, et ceux qui sont petits et qui creusent. Toi tu creuses. ». Qui pour ne pas se souvenir que de semblables tournures cyniques gravitaient en 25 images/seconde entre Blondin et Touko ?

 En cinémascope, gros plans BD très rapprochés sur les regards des inévitables duellistes à la gâchette légère ; tout se lit dans le blanc de leurs yeux qui ne cillent jamais. Instants d’attente suspendue.

Et un clin d’œil à « Soleil Rouge » quand deux samouraïs, propriétaires de l’hôtel le Lotus Bleu, débarquent soudain dans l’intrigue … Un hommage final ciblant Lucky Luke sur le mode « J’m a poor lonesone cow-boy » mais reprenant « La Cucaracha »… etc.

Saloons bruyants et enfumés, petites serveuses et danseuses en crinolines blanches retroussées, shérif et cowboys locaux, chevaux à l’attache, « Wanted » à l’affiche, banque et hold-up audacieux, pistoleros mal rasés, gringos et péones, as de la gâchette infatués d’eux-mêmes, cactus et paysages désertiques en cinémascope … etc. Et ce gros soleil rond et brûlant au-dessus de tout, ces vautours dans le ciel.

Tous les stéréotypes du genre défilent, nombre de clichés sont revisités, détournés, malaxés et restitués hors des codes classiques du genre. Effet garanti…. Priorité à l’humour, quelques fois noir, à l’absurde improbable, rigolard et potache, aux références ciblées. Un genre ciné revit, y retrouve un peu de son heure de gloire d’antan. « Son of a gun » vaut le détour. J’ai passé, à le lire, du bon temps et le sourire aux lèvres. Et c’est l’essentiel. 

        Merci Babelio, Masse Critique, les auteurs, Bamboo Ed. 







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