Accueil

Accueil
Retour à l'Accueil

lundi 18 mai 2026

La fille du bois tordu (Une aventure de Robert Le Diable) – Isaac Wens (BD)

 Mosquito Ed. (2026)

« La fille du bois tordu » est une bande dessinée française parue en février 2026 aux Ed. Mosquito. Elle est signée, textes et dessins mêlés, par Isaac Wens. C’est l’épisode inaugural d’une série intitulée « Une aventure de Robert Le Diable ». L’album semble néanmoins faire suite naturelle à un one-shot éponyme de 2000, du même auteur et chez le même éditeur. « La maison des broyeurs d’os », le tome à paraitre, au titre sinistre mais prometteur, sera, je l’espère, fortement teinté du même Fantastique classique brassé de régionalisme gersois. Tout un programme.. !

Entre les mains du lecteur, sous ses yeux amusés, s’amorce un étonnant pot-pourri jubilatoire imbriquant maints stéréotypes du Fantastique classique : la maison et le bois hantés, les pluies de crapauds comme témoins d’activités diaboliques, le croquemort et sa charrette transportant les cercueils … etc. Nombre de figures de proue du genre resurgissent : le vampire, le loup-garou, la sorcière, le fantôme (celui de d’Artagnan), l’enfant différent. Une belle collection d’êtres marginaux teintant l’atmosphère d’étrangetés. L’intrigue regorge de clichés comme autant de clins d’œil ; ils interagissent en toute crédibilité scénaristique. Il n’y a pas détournement de stéréotypes mais hommage au genre.

L’intrigue prend place, début XXème siècle, en Gascogne, un pays de légendes campagnardes s’il en est … mais aussi à Londres, durant un hiver aux nuits brouillées par le Fog, ses cimetières lugubres, ses rues peu sures…

 « Le Bois Tordu » dans le Gers. Un lieu hanté ? Un croquemort s’y rend, apeuré. Sa charrette portant un cercueil vide. Une pluie de crapauds. Un sentier tortueux, couvert et ténébreux. D’un côté l’autre, de hauts arbres serrés, creux et tourne-vrillés, séculaires et dénudés. Une étroite et sombre clairière. En son centre, une haute demeure biscornue, à colombages aberrants, sans aucune logique d’assemblage.

Là habite Mr. Schrôdinger, « L’immortel », l’ancien bagnard centenaire, tatoué de signes cabalistiques par William Blake lui-même (si, si.. !). Il est celui qui vient de mourir (ou presque) et qu’il va falloir dépecer… Le défunt, sa nièce et son neveu ; tous trois, de par leurs attitudes, semblent emprunter à la Nuit et à ses Créatures. Mais va savoir de quel côté de la pièce ils vont retomber, du Bien ou du Mal ? Suite au prochain épisode.

La « Mésange », celle qui, de noir vêtue, furète et chaparde autour des maisons. Un brin mauvais œil aux dires des gens alentours. Jeune allemande aux français malaisé. Sorcière aux pieds nus et aux yeux vairon… Son frère, le « Drôle », un enfant boulimique, muet et au faciès lunaire. On les dit, tous deux, maudits… mais va savoir ?

Londres, enfin, où, sur un modèle cousin de la « Ligue des gentlemen extraordinaires », le Pyecraft Club se montre friand de demeures hantées et de soirées spirites. Le cercle savant y étudie les phénomènes paranormaux qu’on lui rapporte. S’y s’agitent de biens curieux personnages qui furètent autour des tombes profanées ou dans l’ombre des médiums envoûtés.

Un chasseur de vampires, chapeauté à la Van Helsing, armé de pieux de bois affutés, de gousses d’ail, d’eau bénite et de balles d’argent fondu. Le même, sujet, les nuits de pleine lune, à de violentes crises de lycanthropie… Robert Le Diable, un jeune reporter-photographe de « La Revue des Curiosités » ; trépied, chambre noire et plaques sensibles en bandoulière ; un journaliste fureteur de l’étrange et du surnaturel, en chasse de scoops … Une remuante commode Louis XV hantée, aux pieds frêles, tremblotants, fébriles et trébuchants. Tintamare dans toute la maison… Deux pendus à la croisée des chemins ; un pentacle tracé dans la poussière du grenier, une patte de taupe cousue sur un écusson de soie rouge…

La suite appartient au récit. Vous y croiserez les Autres et le reste. Les surprises seront nombreuses.

L’influence scénaristique de Jacques Tardi, via « Adèle Blanc-Sec », semble manifeste. Le Cimetière de Bunhill Fields rappelle celui de « Momies en folie ». La nuit, des squelettes hébétés s’échappent des caveaux et déambulent lentement, zigzaguent dans les rues londoniennes ensommeillées. Le même humour s’agite aux détours de situations décalées semblables. Le scénar est inspiré, bien agencé dans ses avancées, rythmé dans ses péripéties successives. Le graphisme, semi réaliste, colle au propos de belle manière. Le tout est plaisant… et est à recommander.

Merci Babelio, Masse Critique, l’auteur, l’éditeur.




samedi 4 avril 2026

B.E.T. (Bestioles Extra-Terrestres)

 
Allez-va, je remets çà. Cà faisait une paille.

    J'inaugure, ici et maintenant, les B.E.T. (Bestioles Extra-Terrestres). Il y en aura d'autres si la bonne humeur m'y pousse et qu'elles naissent, une nouvelle fois sous le critérium, la gomme et l'encre noire, plus bêtes que méchantes, presque hilares...

    Y voir un hommage, en passant, à Jack Vance, un prolifique écrivain US de SF qui imagina une ribambelle de créatures extra-terrestres crédibles (ou pas) au rythme de nombreuses nouvelles et romans, de planet-operas aux world-buildings travaillés, tous plus etonnants les uns que les autres.

    Les miennes de bestioles sont, au final, rigolardes et gentiment pépiantes, moins méchantes et irritables qu'elles n'en ont l'air sous leurs faciès loufoques. 

    Elles sont toutes collées sur le background torsadé du format A4. J'en ai expérimenté des dizaines, n'en gardant que les plus déjantées, les sauvegardant dans une boite à chaussures sous mon lit. Cette dernière s'est ouverte toute seule il ya deux nuits. Les B.E.T. ont fait un de ces boucans sur le plancher, dans les placards, cave et grenier. Je n'ai pas dormi. 

    Maintenant, les voici sur le Net, planquez-vous. 


MaJ du 18/05/2026



vendredi 3 avril 2026

Fragments d’un dieu mourant - Jonathan Brychcy


ActuSF Ed. Collection « Nagori » (2026)


Les Nouvelles Editions ActuSF s’ouvrent désormais aux novellas. Il s’agit d’un format littéraire, somme toute, assez peu courant en France, mais qui semble recueillir, ces temps, les faveurs du lectorat hexagonal d’Imaginaire. Une nouvelle collection SFFF, « Nagori », est à elles seules dédiée. A son catalogue naissant se
greffent Fantasy et Science-Fiction (dont, si je ne me trompe pas, le grand retour de Thierry Di Rollo, rien que çà…!). D’après le rabat de la 4 de couverture, « Nagori » signifie « Ce qu’il reste des vagues » ; il y est précisé : « C’est la beauté persistante de ce qui vient de s’éteindre, la nostalgie de ce qu’on laisse partir ». Les illustrations dédiées sont signées Melchior Ascaride qui se fit remarquer, entre autres, chez les récents défunts Moutons Electriques. Elles forment de l’une à l’autre, et dans l’ordre chronologique de parution, une fresque en continu qui promet de trouver suite graphique avec les volumes à venir. J’aime bien l’idée, même si elle a déjà été utilisé, par exemple, in « Les neuf Princes d’Ambre » de Zelazny en rééditions Présence du Futur de 1995.

« Fragments d’un dieu mourant » inaugure la collection ; c’est aussi le premier roman d’un jeune auteur tout frais, tout neuf : Jonathan Brychcy. Il semble à son aise sur le world building plus conséquent offert par le format novella.

Un roman issu des Littératures de l’Imaginaire vit de son postulat de départ. Crédible ou pas ce dernier mène la danse, tout le reste en découle. Celui imaginé par Brychcy est original et prometteur. Ici, c’est de Fantasy dont il s’agit ; plus précisément d’un Pays de Moyen-Age ; d’un Roi élu malgré lui par une énigmatique Déesse « en son jardin » ; d’un jeune Garde Royal, amant du monarque, héros sans nom, soldat dévoué, fidèle et profondément amoureux ; s’y trouvent aussi des Dieux, les « Immuables », disparus sans raisons apparentes, allez savoir pourquoi ; un petit peuple entre adulation du monarque et révolte sanglante …..

… de l’humeur royale dépend la météo sur le Royaume. Le monarque, entre petits bonheurs du jour et dépression majeure chronique, influence le temps qu’il fait, du grand beau entre les bras de son jeune amant vers l’exécrable. En conséquence sur le Pays : les brefs printemps heureux, souriants et aux généreuses récoltes alternent avec les longs hivers brutaux où la famine sévit et la mort frappe.

« Fragments d’un dieu mourant », au-delà d’un fond somme toute classique, use d’une forme qu’il convient au lecteur d’apprivoiser ; c’est un OLNI tout d’abord déroutant, bientôt un puzzle ingénieux où chaque pièce prend sa place ; l’esthétique littéraire qu’il propose déconcerte. Il laisse remonter le souvenir d’une SF expérimentale qui eut son temps de gloire.

Il en découle une novella qui se mérite ; où chaque mot pèse de son importance sur un tout qui se dessine peu à peu ; où chaque phrase, au-delà de la musique interne de ses syllabes, génère une poésie lumineuse ou de ténèbres, au rythme des jours heureux ou des noirs cauchemars traversés par le Roi. Au lecteur de prendre son temps, d’accorder attention aux mots qui passent. Le plaisir est à ce prix.

Pas très Fantasy de choix, plutôt SF d’intention, j’ai été, malgré tout, attiré par le pitch étonnant d’une novella atypique.

Merci à l’auteur et à ActuSF.

lundi 23 mars 2026

Le Monde Enfin - Jean-Pierre Andrevon

 


Fleuve Noir Ed - Collection "Rendez-vous Ailleurs" (2006)


Ce qui suit reformule à minima une chronique de 2007, encore en ligne sur CSF.

   "Que prendrez-vous .. ? Beaucoup de bonnes choses sont au menu. Régalez-vous..!

    Le sempiternel refrain post-apo andrevonien ? Celui de la Fin (avec un grand "F"), celui entonné dans le "Désert du Monde". Un Monde crevé, une Terre Morte à la façon d'un cocktail mitonné par Dick, Brown, Simak et Aldiss, Tarzan (!!!!!!!!!), François Truffaut et Noé

    _façon Dr Bloodmoney, atome radioactif en moins mais prion viral galopeur en plus, sans oublier l'astronaute enfermé dans son satellite en orbite..! 

    _Façon Barbe-Grise quand la population humaine survivante (un soupçon: à peine 1/1000..!) est stérile, vieillit donc sans espoir de descendance..! Pensez-donc, la jeune de soixante ans a encore ses règles, Youpi..! Chasse à l'érection fécondatrice, quitte à ne la trouver qu'à l'autre bout de la France. Les vieilles espèces animales se sont quelquefois éteintes à défaut d'une simple rencontre entre un male et une femelle, pourquoi pas l'Homme..! Chasse au male donc..! Mais ne vous y trompez pas, aucun relent misogyne à craindre. 

    _Façon Fredric Brown, mais sans humour: "Je suis le dernier homme sur Terre et quelqu'un frappe à la porte". 

    _Façon "Le Monde Vert", d'Aldiss, quand la nature reprend ses droits. Un Paris, un Avignon tropical envahis par la végétation (Il m'est venu en lointain souvenir graphique d'un Valérian et Laureline de 1970: "La cité des eaux mouvantes". 

    _Façon "Demain les Chiens" de Simak quand la faune oublie peu à peu l'Homme qui se meurt de ses gonades infertiles. Simak nostalgise, Andrevon assène : "Bien fait..! Qu'il crève..! Qu'il tire sa révérence...!" Il n'apprécie guère le genre humain, mais quel brillant animal de laboratoire à étudier sous les ultimes coups de boutoir d'une nature qui tient désormais les rênes. PS: son dédain, son mépris s'accompagnent de beaucoup de tendresse pour les divers protagonistes. 

    _Façon Tarzan car à défaut d'un Homme-Singe l'auteur nous offre une Princesse des Rats à rééduquer façon Truffaut dans "L'Enfant Sauvage". 

    _Façon Noé en repeuplant le Monde d'une Arche dans laquelle un couple humain se cherche une survie..! 

    On pourrait lui en vouloir à Mr Andrevon des divers emprunts ci-dessus. Ben non même pas (du moins pas moi), car le vieux grenoblois tient la route, le guidon bien droit, le style bucolique au ras du clavier, la haine (toujours elle..!) de ce qui porte kaki et goupillon (même s'il s'est diablement assagi), l'écologie comme un levier-ressort à remonter la mécanique du Monde..!

     Il nous l'avait bien dit il y a fort longtemps dans un recueil de nouvelles: "Il faudra bien se résoudre à mourir seul" et ben non, peut-être pas dans ce "Monde enfin" qui réconcilie (un peu..!) Andrevon avec l'Homme, tant il injecte de l'espoir dans l'épilogue de ce roman qui, au final, est un vrai bonheur..! 

    Monsieur Andrevon, il semblerait que du pinceau, vous aimez la peinture figurative; savez-vous que de mots en couleurs et de certaines phrases en arc-en-ciel votre Monde mort est magnifique dans sa Nature retrouvée. 

    Et que dire de vos héros, qui n'en sont pas justement, sinon à l'égal de vous et moi, des hommes simples ayant retrouvé le goût des choses simples..!

PS: Un grand merci à quelqu'un qui se reconnaitra de m'avoir offert mon premier roman dédicacé..!"
















        

dimanche 22 mars 2026

Guillotine sèche – René Belbenoit –

 

 La Manufacture de livres Ed. (2025)

Dans la peau d’un forçat en « je narratif », embarquement immédiat pour Cayenne. Son bagne durant les années 20’s et 30’s. C’est, tristement célèbres Saint-Laurent du Maroni, l’Ile du Diable, celles Royale et Saint-Joseph…  il y a peu Dreyfus et bientôt Seznec…. Ici, 250 pages durant, un autre témoignage…

«Guillotine sèche ». Le titre intrigue. Que signifie-t-il ? Benoit Belbenoit, l’auteur, avait choisi de première intention « Les Compagnons de la belle » pris dans le sens d’« évasion », de « cavale ». Le nouveau choix, une fois décrypté dans le cours du récit, se montre plus percutant dans ses intentions, d’une force implacable et d’un impact foudroyant. L’explication frappe le lecteur comme un uppercut au menton. Le grand reporter Albert Londres en est à l’origine lorsque, visitant le bagne de Cayenne, les Iles du Salut et surtout celle de St-Joseph, ses mots « à-la-une » comparent l’invention sanglante de Guillotin à la mort lente et inéluctable promis par Cayenne à ses détenus. Après tout, pourquoi ne pas préférer la première, instantanée, tant la mort y semble plus charitable ?

« Dry Guillotine » est l’autobiographie d’un bagnard qui connut l’enfer pénitentiaire de Cayenne durant les années 20’s et 30’s. Il s’en évada quatre fois mais à chaque tentative fut repris ; la cinquième, à destination de Los Angeles, fut un succès. Le récit, dans sa plus grande part, couvre ses années parisiennes d’adolescent délinquant, celles terribles de détention en Guyane, et enfin d’exil en Californie. L’ouvrage est sorti en 1938 et devint, dans la foulée, un best-seller aux USA ; en France le succès fut plus confidentiel et peut s’expliquer par le fait que l’homme, désormais libre, ne pouvant regagner la métropole, fut contraint à l’exil outre-Atlantique.

Né en 1899 et décédé en 1959 (ce n’est pas sans importance, voir plus loin), tôt jeune délinquant devançant l’appel de 14-18 pour échapper à la maison de correction pour de menus larcins vol et récidives, c’est un bagnard condamné à l’âge de 22 ans à huit ans de travaux forcés, bientôt gonflés de lourdes peines satellitaires pour évasions successives ratées. Déporté à vie en tant que « libéré » Il semble avoir été le seul à réussir à s’échapper de Cayenne.

L’auteur dissèque dans le détail, nombre d’anecdotes aidants, son existence de bagnard. Toutes ces années de maltraitance légale l’ont placé sur le fil d’un funambule oscillant sans cesse, de droite et de gauche, entre instinct de survie et désespérance, liberté à tout prix et fatalisme. Belbenoit dénonce et condamne les principes administratifs absurdes et inhumains qui firent de Cayenne un enfer sur terre où maints forçats périrent sous les coups de butoirs d’une violence d’état inassumée, les punitions et châtiments disproportionnés (guillotine incluse), la malnutrition et la misère physiologique induite. Y sont en outre décrits les systèmes de corruption honteux imposés en sous-main par certains fonctionnaires ; la « débrouille », les mille et un moyens pour les détenus de se faire un peu d’argent. Il détaille le système carcéral de ce bout du monde perdu et le cadre tropical et humide qui l’entoure. La jungle, les bêtes sauvages, la quinine, la mort nu-pieds dans la boue, les travaux forcés sous un soleil de plomb, les cachots de l’Ile Saint-Joseph où le silence imposé tue les âmes, les dépravations imposés, les règlements de compte, la fosse commune pour solde de tout compte. Tout concoure à une honte française… !

Le lecteur pénètre peu à peu dans un enfer micro-sociétal fortement hiérarchisé où la survie déguise physiologiquement les bagnards en morts-vivants ; se faufile hypocritement entre corruptions tous azimuts et dessous de tables ; les espérances de vie y sont massacrées.

Qui pour se souvenir de « Papillon » signé Henri Charrière ? J’ai lu ses mémoires à parution en 69. Je me souviens qu’à l’époque, en ITW l’auteur revendiquait tous les faits décrits comme lui étant advenus. J’ai vu le film avec Steve McQueen et Dustin Hoffman sur grand écran en 73, ensuite à la TV à de multiples reprises. On note, les deux supports confondus, nombre de rapprochements étonnants avec le bouquin de Belbenoit. La rumeur courrait : Papillon dans ses mémoires s’était offert sur le papier un supplément d’aventures qui n’étaient pas tout à fait les siennes. Dans l'ombre de "Papillon" (1969), "Dry guillotine", de parution largement antérieure (1938), lui ressemble beaucoup (trop ?) et mérite davantage en notoriété.



mardi 17 mars 2026

Les mille verbes – Alexandre Decrauze (BD)

 

Les Nouvelles Editions ActuSF - Collection Ithaque (2026)

« Les mille verbes » aux Nouvelles Editions ActuSF, dans leur nouvelle collection « Ithaque » (2026), est, en one-shot BD, la louable et justifiée restitution papier d’un webtoon en ligne (2013). Le titre en est éponyme et le contenu retravaillé par les soins de son dessinateur/scénariste Alexandre Decrauze. C’est, au final, et pour le moins, au-delà d’un premier roman graphique plus que prometteur, une réussite picturale et scénaristique.  « Les mille verbes » : une œuvre atypique qui se mérite et où le plaisir de lire quelque chose de différent emporte tout. L’album lorgne ainsi vers l’O.L.N.I. ; il surprend, étonne et lecture achevée, enthousiasme par son originalité. La dernière page tournée laisse un goût agréable de « reviens-y ».  C’est tout ce qu’on souhaite à l’ouvrage ..!

Au départ, pourtant, pour me plaire, rien n’était acquis. Au-delà de la une de couverture de toute beauté, les premières pages m’ont, de prime abord, étonné. Le graphisme embarqué, est un mélange, il me semble, mais je peux me tromper, de dessins au trait rapide et bousculé, de gouaches et d’aquarelles aux couleurs inspirées. Il n’est pas inintéressant, loin de là, mais se montre ici peu en accord avec l’orthodoxie d’une BD classique. Il suffit pour adhérer, et ça ne dure guère, de se laisser prendre par la main pour que tout rentre dans l’ordre, de se laisser accaparer par le charme ambiant, de disséquer le pourquoi de la manière, d’en comprendre les mécanismes à l’œuvre, les assimiler, les faire siens, s’enthousiasmer des interactions habiles qu’il y a entre un scénario en béton et des dessins plus riches qu’il n’y parait. Les deux, intrigue et crobars, côte à côte, pour que … la fête commence et se montre belle.

En France. En province. Au XVIIIème siècle, lorsque s’ébauchent les premiers soubresauts annonciateurs de la Révolution. A l’époque royale des aristos miteux, ex-roturiers opportunistes, aux titres de noblesse arrachés, souvent par la force et l’argent à nombre de nobliaux ruinés. Aux temps incertains des relais de poste isolés, des diligences cossues, rebondies, cahotantes et aux chevaux harassés ; des auberges de campagne peu sécures ; des spadassins, tueurs à gages, détrousseurs de grands chemins…. des villes aux chiches lumières et au pavé luisant, là où sévissent coupe-jarrets et hommes de main.

Claude de Horville, surnommé la Pustule en raison d’un énorme molluscum-pendulum accroché à son proéminent tarin turgescent, est un anti-héros comme on aime les détester. Il se montre proche du fieffé coquin Benvenuto Gesufal tel qu’imaginé par Jean-Philippe Jaworski dans « Gagner la guerre ». C’est un fourbe rusé, menteur sans vergogne, bluffeur, parieur invétéré, tricheur habile aux cartes truquées et aux jeux d’argent, fripouille attentive aux bourses sonnantes qui ne sont pas les siennes, beau parleur cajoleur et roublard, homme à femmes, surtout celles des autres. C’est une grande gueule abjecte et bravache, un menteur, un scélérat attaché aux entourloupettes qu’il mijote sans remords. Mais son destin va changer quand, allant jusqu’au meurtre, il va subir la malédiction d’une de ses victimes. Désormais pauvre hère assommé par la damnation qui le menace, homme désormais affaibli en fantôme de lui-même, il est peu à peu psychologiquement miné par le machiavélisme de la malédiction qui le ronge, le mine, le domine.

De rencontre en rencontre, sur le fil du pire, d’aventure en aventure … jusqu’à l’épilogue.

D’une roulotte bohémienne à un monastère isolé où cacher ses silences en passant par une cabane misérable, perdue dans les bois, où aurait pu naitre l’amour ; d’un tripot sordide où s’anime la fièvre du jeu à une chambre d’hôtel minable où, en ville, terrer sa solitude ; d’un ours en peluche éventré aux yeux en boutons de culotte à un carnet de croquis et de poésies…. Ni remords ni rédemption, juste une simple lutte de survie, où se greffe bientôt le Fantastique, à tenter de ralentir le temps qui passe ; le héros ne regrette rien, seuls comptent les moyens pour économiser ses mots et s’en sortir car…

« Je t’ai laissé mille mots à prononcer avant que tu ne rendes ton dernier souffle. J’ai hâte d’entendre ta réplique finale ».

Au prononcé d’une telle malédiction s’amorce le compte à rebours d’une vengeance implacable. La personne qui maudit est une jeune bohémienne aux parents trucidés sous ses yeux. Ceux ciblés par la damnation, Claude de Horville et son frère, coupables en sus de vols de bijoux. Une malédiction proférée dans la haine. Mille mots, seulement… et basta, la mort pour rendu de monnaie. Reste le solde sur peau de chagrin. De quoi économiser ses propos, se taire, apprendre le silence, fuir les autres et leurs désirs de conversation. Comment se tirer de ce mauvais pas, retarder l’échéance ? Horville, bouche cousue, à minima de mots, apprend la solitude, l’incompréhension que lui porte désormais les autres.

Merci à l’auteur et à l’éditeur…







lundi 9 mars 2026

Les biches électriques

    Près de chez moi..! Superbe..! Vraiment..!

    Dans un parc public. Parait qu'il y en a d'autres, tout aussi ravissants: un aigle ailes déployées et un ours. Je vais chercher..!

    J'ai tout de suite pensé à P.K. Dick via son "Blade Runner" ("Les androïdes rêvent t'ils de moutons électriques") et à une maison d'édition SFFF lyonnaise, "Les Moutons électriques", hélas, récemment défunte, même si cette ravissante sculpture à quelque chose en elle qui la rattache, aussi, au steampunk.






Articles les plus consultés