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samedi 29 novembre 2025

Canned Heat – Living the blues (1968)

 



_T’as le cafard Tonton ?

_Oui. J’avoue…

_C’est l’hiver qui me fait çà, le froid, la neige, la pluie.. !

_C’est pour çà que t’écoutes du blues, aujourd’hui ?

_Un peu, mais pas que. J’aime bien çà tout simplement. J’ai toujours adoré cette musique.

_ Sur ta platine : « Canned Heat » ? « Living the blues » ?

_ Le premier c’est le nom du groupe, le second le titre de l’album. Un double LP. Cà date de 1968. L’original était en deux volumes ; ce que tu vois est une réédition en un seul.

_  « Canned Heat » çà veut dire quoi ?

_C’est de « l'alcool brut …[en boites de conserve] …destiné au chauffage mais bu, comme l'alcool à brûler, par des alcooliques désargentés qui ne peuvent se permettre rien de mieux* » (*sic)

_Merci Wikipedia.

_Ne rigoles pas. Font ce qu'y peuvent.

_Oui, passons.. !

_ « Refried Boogie » une des chansons du LP: c’est la chaleur du boogie en conserve ; çà surchauffe la tête le temps de deux faces de cire noire, soit pendant 42 minutes. Certaines de leurs pochettes montrent le produit.


_Je vois le genre.

_Mid sixties, sur la West Coast US, alors que les hippies versaient, au même endroit, dans le « psychedelic trip », fallait l'oser le gras blues blanc rustique, bien roots façon Papy-Hooker, à faire rire les noirs … Une sorte de blues-guitare électrifié en hommage aux grands maitres du genre ; ils aimaient çà et nous aussi. Et ça a marché. Les auditeurs n’étaient pas dans la Contemplation Béate de l’Univers Psyché mais dans leurs pieds qui battaient le rythme en cadence. Et dire que le groupe existe toujours et qu’il prêche encore la bonne parole du blues et du boogie.

_Les mêmes ? Sont vieux, maintenant ? Plus que toi, même, c’est dire ? Encore de la musique de vieux croutons. Du genre préhistorique.

_Oui, on avait à peine électrifié les menhirs.

-_Ca s’met pas sur 220 ces choses-là ?

_Si, à leur base y’a des prises de courant. Ils servaient d’amplis guitare.

_Tu déconnes ?

_Non, même que les dolmens c’étaient les batteries et les fémurs de dinosaures des guitares. « Carnac blues » et « Troglodyte boogie », c’est eux. Tu leur connais même une chanson. C’est sûr.

_J’suis pas archéologue.

_Si un machin de pub TV. « On the road again ». Mais pour quelle marque, j’sais plus. A propos d’archéologue, c’est presque çà les concernant ; généalogiste serait mieux pour décrypter leurs incessants line-ups …

_Tant que çà.

_Oui. Fouilla, c’est pléthore … et pas des moindres, surtout chez les gratteux, Vestine, Mandel, Wilson .. etc. Et pis la poisse , la grosse scoumoune, les décès à répétition ; les overdoses, les maladies, les accidents et tutti frutti. La foi, qu’ils avaient, je t’dis pas.. !

_N’empêche, ils ont fait poussière.

_ Hé, jeune padawan, dis pas çà, suis pas ton arrière-grand-père quand même ; Tiens-toi bien, j’ai joué, en guest-star, de la basse avec eux à Woodstock. On me voit dans le film du festival sur « Refried Boogie ». J’avais encore les cheveux qui headbangaient à grands fracas sur les amplis à donf les potentios. M’avaient remarqué en tant que requin de studio sur « Boogie Chillun » de John Lee Hooker ; j’avais remplacé HLP. Le soir même je faisais des papouilles à Grace Slick du Jefferson Airplane.

_HLP ?

_Haut le pied.

_Mytho le Tonton.

_Même qu’ils ont prié Saint-BB King et Sainte Billie Hollyday pour que je vienne. Je respirais le blues, je le vivais, le transmettais dans sa plus pure essence.

_Tout çà, c’est sûr, c’est de la fumette, oui. Tu t’inventes, te racontes, t’affabules ; l’ancêtre se shoote les deux doigts dans la prise. Des pétards plein les naseaux qu’il a, le tonton, farcis LSD. Des tampax dans les narines façon persil de cochon à l’étal du boucher. T’as eu qu’à allumer les mèches. Dis, Tantine, elle a pas dû avoir la belle vie avec toi ?.

_J’peux pas tout dire…

_Allez si dis.

_...elle m’a mis au sniffs de sachets de camomille. Cà remplace pas, crois-moi.. ! Je suis devenu un « Singe en hiver », je dors.

_Voilà t’y pas qu’y s’prend pour Jean Gabin, maintenant…

_...je préfère Belmondo , plus jeune, plus attirant, comme moi encore ; mademoiselle, à ce que j’vois, possède la référence qu’y faut.

_Bref,… A ce que j’entends : « Canned Heat » c’est des vétérans du blues blanc des 60 ‘s, des survivants du genre, des marathoniens du boogie des racines, des forçats du genre, des stakhanovistes du 12 mesures et de la note bleue. Un groupe qui bougeait les foules en tapant des pieds. J’adhère à ce blues puissant et primitif. Et que vive le boogie.

_T’as tout compris.

_... oui ; finalement, sont du genre Bigflo & Oli, voire Jul.

(Bruits de bulles de Doliprane effervescent dans un verre d’eau)


En illustration sonore: "My mistake" 


_

mercredi 26 novembre 2025

Dr Feelgood - Down By The Jetty (1975)

 

De 1975 à 1977, le temps de 4 albums seulement, Wilko Johnson fut, à la guitare solo et rythmique, le riffeur fou de Dr Feelgood, un groupe de pub-rock anglais ici dans son line-up d’origine. Le musicien est décédé il y a peu (en 2022), il avait 75 ans. Wilko la Mitraille, aux côtés de Lee Brilleaux aux vocaux, fut l’âme damnée du combo avec son regard d’ombre et sa maigre, haute et inquiétante dégaine de clergyman à la Robert Mitchum dans « La nuit du chasseur ». Ses rifs saignants, au hachoir, ses lignes rythmiques acérées et pétaradantes ont fait école. Il possédait un travail en main droite métronomique, implacable, un rien robotique et saccadé, impressionnant de régularité. Wilko était quelque part avant l’heure informatique, un micro-processeur humain monté sur pattes, un robot à la cadence overclockée. Frénétiques moulinets de poignet cisaillant les riffs. Effet guillotine (ou de râpe) sur la pulpe des doigts (pas de médiator). Gifles de phalanges en rafales serrées sur les cordes. Le gonze cherchait la fréquence cardiaque de qui l’écoutait, s’y calait et poussait le palpitant captif vers la tachycardie furibarde. C’était du rock, du vrai, loin du Floyd ou de Genesis alors à la mode; le groupe était un artéfact anachronique échappé d’un passé récent, une formation atemporelle qui pouvait s’adapter en ne créant jamais rien de nouveau.

« Down By The Jetty » (1975), est le premier Dr Feelgood d’une longue lignée. Wilko Johnson va s’y insérer au fer rouge, signer les plages de sa marque de fabrique indélébile, du bout du riff d’acier trempé et sous l’impact de ses rythmiques endiablées. Il va donner une couleur (la sienne) au LP inaugural et aux trois suivants. Bientôt exilé volontaire vers d’autres horizons musicaux, il ne retrouva pas sa notoriété première. Pour Dr Feelgood, les temps changèrent ; ils avaient perdu une pièce maitresse de leur line-up ; ce qui ne les empêcha pas de perdurer. Rien, néanmoins, ne fut peut-être comme avant ; au combo il manqua son zeste de folie, la manière radicale qu’il avait de concevoir le rock. Pas de fioritures et directs au foie garantis. Dr Feelgood sans Johnson ce fut un peu comme Genesis sans Gabriel ou ACDC sans Bon Scott ?

Dr Feelgood s’inscrit dans la mouvance anglaise du pub-rock ; dans cette vague détonante qui naquit dans les pubs grand-bretons des seventies. Une dose de rock, une de bière et on remet çà, question d’équilibre des énergies. Une mouvance teintée 50’s, avec « Nine Below Zero » ou « The Inmates » en têtes de gondole autres, pour ne citer que deux représentants. Le pub-rock : un compromis entre rock et punk, un versant traditionnel d’amont, un autre, son pendant d’aval, précurseur du punk à venir. D’un côté, des clones stoniens du début des sixties ; de l’autre, une punk attitude en attente de celle, radicale, des Sex Pistols.

Sur le fil de la discographie d’un combo rock, outre le fait que le premier opus est le plus souvent éponyme (ce qui n’est pas le cas ici), il amorce, en général, le fil rouge sur lequel les autres suivront. C’est d’autant plus vrai avec Feelgood qu’avec d’autres. Z’ont jamais dérogés à leurs intentions premières, frétillés vers d’autres horizons plus mainstream ; ils sont restés tels que, inamovibles et indémodables.

« Down By The Jetty » fut, à parution, un enregistrement studio monophonique (la stéréo vint plus récemment via les rééditions). Délibérément mono. De par un désir d’hommage passéiste au rhythm’n’blues des 50’s oldies but goldies. Ce qui, de manière décalée en 1975, en une ère post-hippie et pré-punk, se traduisit aussi, en une de pochette, par un cliché photo en noir et blanc montrant le line-up façon bad guys en maraude. Les Stones et les Doors (et quelques autres) avaient déjà fait çà à l’orée des 60’s. Des trognes fermées, guère amènes, pas rigoloches pour un sou, des faciès crispés, des sourires en berne ; un contraste photographique à donf (manque que le virage sépia) ; des habits noirs, cintrés et stricts mais débraillés, des cravates filoche, l’éternelle veste de clergyman col serré pour Johnson. Des gueules de gouapes, méchantes, patibulaires et revanchardes ; des facies de carte d’identité sans expressions. Cà leur allait bien, ce look d’enfants terribles.

Et puis, y’avait la zique du Feelgood qui allait avec …

Les morceaux étaient courts, ramassés, presque simplistes (mais on s’en fichait .. !), incisifs, percutants, dédiés aux refrains, sur le fil aigu d’un rasoir affuté. Les titres étaient conçus au nerf de bœuf, comme des uppercuts précis à la pointe du menton. Rapides et définitifs, ils tourneboulaient, chahutaient, cognaient et chahutaient sévère dans la caboche de qui  les prenaient pleine tronche.

Méchants garçons.. !

La scène était leur territoire. Les français adoraient le groupe on stage pour çà. Pour ses pulsions binaires qui envahissaient tout ; pour ses compos branchées sur le 220, secouées de nitroglycérine et de TNT. C'était du rock sueur qui ne se foutait pas du monde.

« Down By The Jetty », l'album : rien que des chevaux de bataille live : « She does it right », « Boom boom (de J.L. Hooker), « Roxette », « J don’t mind » … etc

Dr Feelgood tourne encore et toujours dans l’Hexagone. Pas de pubs, rien que du bouche-à-oreille, et çà marche. Sont plus jeunes les bougres, sont plus tous là non plus, mais avec la foi qu’instille le rock ils déplacent tout et tirent la nique à qui les pensent has been.

 Long live Rock n’ roll

Du rock piment, de bar à bière, de sales mioches à tirer les sonnettes sur les pas de portes, de trognes à trainer la nuit sur le pavé luisant, de tronches à la Orange Mécanique à guigner les coups pendables.

mardi 25 novembre 2025

Chico Magnetic Band – Chico Magnetic Band (1969)

 
    

               Une chronique pas comme les autres. Plus une nouvelle autobiographique qu’autre chose. Une manière de remuer doucement le passé et d’écrire que c’est comme çà que les choses adviennent, sans qu’on le sache.

« Chico Magnetic Band ».

Je suis tombé sur ce vinyle à parution. En 1971. J’étais ado. Il était, à m’attendre, dans les bacs d’une médiathèque d’entreprise. 50 centimes de franc le prêt de 4 vinyles pour trois semaines. Belle aubaine. Tant de choses à découvrir à une époque où le Web n’était même pas un rêve. J’ai dû emprunter la galette de cire des dizaines de fois. Sans me lasser. Sans vraiment comprendre ce que j'avais entre les mains.

L’album fit partie des raisons pour lesquelles j’ai toujours aimé le rock. C’est même lui qui me l’a fait découvrir. Il ne lui aura fallu guère plus de 32 minutes sur 2 faces pour me scotcher, me souffler dans l’oreille « Mec, tu viens d’en prendre pour des décennies à aimer çà ; le rock t’a choppé ; démerde toi avec ce boulet faustien ».

Bien sûr il y eut d’autres groupes à s’y coller ; mais celui-ci est spécial. C’est une curiosité obscure qui n’aurait jamais dû être choisi comme représentatif de ce qui alors était nommé « Pop-Music »… et pourtant c’était bien le cas. Comment, était t’il arrivé là ? Le rock n’était alors qu’un marché de niche où trouver des renseignements n'était pas chose aisée (ça allait changer, et pas qu’un peu) dans le flot variétoche mainstream qui squattait tout, de la prudente TV d’état aux ondes longues des radios …. à l’époque c’étaient, Outre-Atlantique et à la rigueur, les Stones et les Beatles. Même eux n’avaient pas suffi pour m’attraper. Il m’a fallu attendre le Chico Magnetic Band. Si si.. !

Sans le savoir, ce fut aussi mon premier contact avec le rock psychédélique comme le fut, la même année, Chicago Transit Authority avec le brass-rock. Chico Magnetic Band était aller pêcher ses influences du côté d’Hendrix, c’était manifeste, mais çà je ne le comprendrai que plus tard. Même qu’il reprenait « Crosstown traffic » en creux de sillon, c’est dire.

En plus le Chico Magnetic Band était de par chez moi (ou presque). De Lyon, à quelques années des Ganafoul, Factory, Killdozer, Starshooter et autres Electric Callas à venir qui allaient donner à la Capitale des Gaules un éclat rock jalousé par Paris.

Alors, bien sûr, au regard de son existence éphémère et de sa discographie maigrichonne je n’ai jamais vu le groupe sur scène. Parait pourtant que c’était hallucinant, presque fou; une histoire de baignoire derrière le micro, une autre de casque métallique à feux d’artifices. Mais çà c’est une autre histoire.

Quand la médiathèque analogique de ma jeunesse s’est sabordée 25 ans plus tard pour cause de déferlante numérique, ses vieux vinyles se sont vendus une misère, et en trois coups les gros, à qui en voulait encore. Le Chico fut de mes premières prises. Tu parles, je le guettais celui-là. L’était encore bon, c’était celui même qui avait tant tourné sur ma platine, que j’avais rayé par imprudence regrettable, celui qui symbolisait à lui tout seul ma passion. Fallait pas le louper.. !

"Crosstown traffic" en illustration sonore

lundi 24 novembre 2025

Keith Richards – Mean offender (1992)

 


Vous qui viendrez sur « Mean offender » en espérant serrer la louche aux Stones de 1992, les y rencontrer en guest-stars d’un album solo du guitariste-maison, passez votre chemin. Vous n’y trouverez, seul et comme annoncé, que Keith Richards, leur gratteux rythmique de toujours, accessoirement soliste et, pour le coup, chanteur d’un soir. Les autres ne sont pas là.  On s’en passera.

A ce type de projet, c’est la deuxième fois qu’il s’y colle, le « Papy-rock-trompe-la-mort ». Il reste fidèle à ses X-Pensives Winos qu’il trimballe à l’occasion on stage et/ou en studio en période hors-stones. Out donc « Jagger-le-Lippu », « Watts-le-Flegmatique », « Wyman-le-taiseux » et « Wood-la-canaille-rigolarde ». Z’ont pas été conviés ; d’autres, moins dans la lumière, sont venus. Et ils ont bien fait.

Richards a souhaité, pour « Mean offender » après « Talk is cheap » (1988), un grain de sel différent, pimenté autre, assaisonné maison. Ça sonne comme si ce n’était pas tout à fait les Stones, sans les Stones mais avec Richards qui sonne comme il sait le faire. Bienvenue in « New-Richards-land », en son pays musical à lui tout seul, sans les autres vieux compères pour interférer/parasiter.

Que je vous dise pourquoi çà matche à donf, ce second effort en solitaire.

Ce n’est pas un album solo post-split d’un groupe en bout de course, une aventure nombriliste solitaire, un passage obligé et contraint de loin en loin pour rock-star enkysté dans un combo de légende, un one-shot calibré fin de cycle, de règne ou bouteille à la mer, histoire qu’on n’oublie pas le guitareux dans le no man’s land studio entre « Steel Wheels » (1989) et « Voodoo Lounge » (1994). Les Stones, en 92, courent toujours sur leur élan (et pourtant on ne les y pousse pas trop.. !). Richards, du troupeau à la langue tirée, tient toujours la guitare cinq cordes (il n’a peut-être pas le budget pour la sixième ?). « Mean offender » n’est, au final, qu’un humble LP studio ponctuel, qui s’essaie à autre chose histoire de voir ; c’est, pour son auteur, que du pur plaisir, et çà se sent. J’ai, au final, beaucoup d’affection souriante pour cette galette qui respire la tranquillité et gomme tout « m’as-tu-vu-en-rock-star ».

On peut passer à côté de « Mean offender » si l’on se satisfait d’une première écoute. Ne pas s’y fier, renouveler l’expérience jusqu’à ce que la sauce prenne. Ne pas s’y fier quand tout y parait simple d’intention, de composition et de production minimalistes. Ne pas s’y fier alors que basse et surtout batterie tissent une structure rythmique à minima, voiles réduites, faussement aérienne, sur laquelle viennent se greffer, se superposer quelques éléments de décorations surajoutés qui font tout le charme de l’album. Il n’y a pas d’intentions stoniennes vraiment évidentes, histoire de cloner et de laisser croire au nouveau Stones dans les bacs à disques. En fait il y a juste ce qu’il faut pour que l’auditeur se dise « C’est bien Richards aux commandes, on y trouve sa patte et çà fait du bien» ; chaque plage carbure à l’essentiel dans la magie de l’instant.

Titres à écouter en priorité : tous. Chacun son âme, sa couleur, de la ballade au rock bon teint en passant par le reggae. La track-list : un tout cohérent qui se justifie par l’équilibre entre morceaux cool et ceux plus âpres et dynamiques.

Richards, de toute façon, vendra quoi qu’il propose. Mais, là où d’autres dans la même position se sont plantés vilain sur le fil d’egos surdimensionnés, le guitariste vient en toute humilité nous proposer un album à hauteur d’homme, simple, direct et tranquille.

33 ans plus tard l’opus a gardé fraicheur et spontanéité. Il ne se montre ni daté ni désuet. La raison est à trouver dans son atypisme qui use du minimum pour plaire et convaincre.

Superbe.

"999" en illustration sonore

1     "999" (Keith Richard,Steve Jordan, Waddy Wachtel) – 5:50

2     "Wicked a2 It Seems" (Richards, Jordan, Charley Drayton) – 4:45

3     "Eileen" (Richards, Jordan) – 4:29

4     "Words of Wonder" (Richards, Jordan, Wachtel) – 6:35

5     "Yap Yap" (Richards, Jordan, Wachtel) – 4:43

6     "Bodytalks" (Richards, Jordan, Drayton, Sarah Dash) – 5:20

7     "Hate It When You Leave" (Richards, Jordan, Wachtel) – 4:59

8     "Runnin' Too Deep" (Richards, Jordan) – 3:20

9     "Will but You Won't" (Richards, Jordan) – 5:05

10  "Demon" (Richards, Jordan) – 4:45

 

dimanche 23 novembre 2025

Quicksilver Messenger Service – Happy trails (1969)

 


En mars 1969, à quelques mois du Festival de Woodstock auquel il ne participera étonnamment pas, le groupe californien Quicksilver Messenger Service se montre, avec « Happy trails » son 2ème album, à l’apex live de sa carrière, au summum de cet acid-rock toujours en vogue sur la Côte Ouest des Etats-Unis. L’opus, mythique s’il en est, marque, le temps de deux faces de cire noire, 50 minutes durant, l’apogée d’un état de grâce psychédélique au crépuscule des sixties US. « Happy trails », dont les morceaux ont été enregistrés en concerts en 68, s’installe au zénith flamboyant de la mouvance musicale hippie. Aux côtés d’autres pointures du genre, Grateful Dead, Jefferson Airplane et Big Brother & The Holding Company, le groupe semblait, jusqu’alors, ne pas avoir la notoriété de ceux susnommés et ne jouait que les seconds couteaux malgré d’évidentes qualités techniques.

… et pourtant, grâce à son envergure scénique devenue légendaire, voici le combo au premier plan … avant son déclin programmé, à peine deux ans plus tard. Car, là où, en twin-guitaristes de légende, John Cippolina et Gary Duncan tutoyèrent les étoiles à coups de prouesses virtuoses, de riffs croisés ou à l’unisson, de soli « à-toi-à-moi » frôlant la perfection ... allait bientôt (re)débarquer le despotique Dino Valente (vocals) au sein d’un line-up qui inaugurera une facette plus folk-rock (et par là même discutable au regard d’un passé flamboyant désormais sous l’éteignoir).

 Je suis venu, jeune, à QMS via son album de 1971 « What about me » qui, sous la main mise de Valente, se montra pour le moins inégal, offrant néanmoins quelques titres de belle qualité (« local color », « subway » et « won’t kiill me » … etc). J’ai, ces temps, mis les mains sur ce « Happy trails » que la critique encense depuis belle lurette. J’ai ainsi découvert une autre facette du combo, celle axée sur ses belles envolées d’acid-rock, toutes guitares virevoltant dans l’air du temps.

En 69, des scènes de Los Angeles à celles de New-York, du Fillmore West au Fillmore East, les enregistrements live retenus pour « Happy trails » vont marquer l’histoire du rock, On stage, ils seront baignés des célestes improvisations, sous les pulsations du LSD, de deux brillants solistes de la six-cordes. « Happy trails » est un disque rock parmi les plus grands ; il revient régulièrement dans les n° spéciaux de magazines (type « Rock et folk ») où la presse spécialisée recense et critique « les meilleurs albums du rock » ; pas un chroniqueur n’oubliera « Happy trails » au rang des galettes noires de légende ; et c’est mérité.

La totalité de la face A cible un standard de Bo Diddley. Son titre: « Who do you love ». Le morceau s’y étire sur 25 minutes de grâce absolue. Il deviendra cheval de bataille du combo sur scène. C’est une suite en 6 parties : ses extrêmes exposent, inaugurent et concluent le thème principal ; les autres sont prétextes à des impros solistes inspirées de chacun des membres ; le tout devient territoire d’expérimentations sonores où chaque musicien prend sa part et son évident plaisir. Les deux solistes tissent un monde où les questions/réponses d’une guitare l’autre deviennent bavardages virtuoses pour le moins étonnants et plaisants, cavalcades incessantes et impros denses et complexes. Tout change sans arrêt de formes et d’intentions ; les comparses fusionnent, s’éloignent l’un de l’autre, se retrouvent à nouveau, communient ; une telle osmose est rare, c’est un summum du genre. Les canaux droit et gauche, en ricochets incessants de l’un vers l’autre exposent les éclairs de notes suraiguës si reconnaissables de John Cippolina et le jeu plus orthodoxe de Gary Duncan.

La Face B, au-delà de « Mona », une autre reprise de Bo Diddley mais plus ramassée, embraye sur « Maiden of the Cancer Moon » et surtout « Calvary » où les impros reprennent leurs droits, renaissent.

« Happy trails » : au fer rouge du rock psychédélique façon US de la fin des sixties ; un quatuor, QMS, émargeant au Flower Power toutes guitares dehors ; le chassé-croisé de quatre musiciens d’exception face à un public qui, vraisemblablement, n’en demandait pas tant ; un disque en témoignage d’une époque révolue ; une musique électrique ensoleillée aux couleurs de San Francisco.

Superbe et indispensable chef d’œuvre.


    Line up :John Cipollina – Guitar, Vocals ; Gary Duncan – Guitar, Vocals ; David Freiberg – Bass, Vocals, Piano ; Greg Elmore – Drums, Vocals, Piano, Percussion

 

Face A "Who Do You Love Suite" (25’22’’)

I. "Who Do You Love (Part 1)" (Ellas McDaniel)

II. "When You Love" (Gary Duncan)

III. "Where You Love" (Greg Elmore)

IV. "How You Love" (John Cipollina)

V. "Which Do You Love" (David Freiberg)

VI. "Who Do You Love (Part 2)" (McDaniel)

 

Face B (24’47’’)

01.       "Mona"           McDaniel        6:53

02        "Maiden of the Cancer Moon"          Duncan            2:54

03        "Calvary"         Duncan           13:31

04        "Happy Trails" Dale Evans      1:29

vendredi 14 novembre 2025

Grateful Dead – Grateful Dead (1967)

 
Warner Bros Records (1967)


Au cœur des sixties US, le 10 mars 1967, sort le premier LP studio du Grateful Dead dans les bacs des disquaires. Il se pose alors sur les platines Hi-Fi en accord avec l’air du temps, à deux ans de l’apogée de Woodstock : Hippie-land, West-Coast psychédélique, Los Angeles et San Francisco, fumette, LSD et Flower Power flamboyant encore à venir.

L’opus, par nécessité financière, est enregistré en 4 jours seulement ; il s’impose à l’instinct, dans le désir, la fraicheur et l’essentiel de ce qui est possible. Dès la première écoute on le perçoit comme un prélude, ramassé et compact, aux envolées qui suivront sur le fil d’une longue carrière florissante. Son titre est classiquement et banalement éponyme. Guitares psyché et sonorités semi acides comme des éclats de ce soleil d’été qui semble éternellement surplomber la Côte Ouest. Rien de vraiment spécifique, en somme, si ce n’est que les ingrédients-type du Dead-World sont déjà bien en place. Le groupe, dès ses premiers balbutiements, se montre plus qu’en gestation de ses ambitions dans ce rock direct et percussif qui semble parfois s’offrir des instants de liberté jouissifs, de courts ébats improvisés, préludes à de belles envolées sur scène, libres et fières de toutes attaches. Certains titres phare, déjà présents dans la track-list, feront les riches heures des concerts-marathons à venir. Plaisir palpable de jouer ensemble, de constituer une famille, une tribu ; cohérence du line-up et de ses ambitions.

Les 9 titres sont courts, directs, presque ramassés (sauf un, le dernier, « Viola Lee blues » de plus de 10 minutes offerts aux délires six-cordistes improvisés). On est loin des complexes luxuriances musicales de « Anthem of the sun » et de « Oxomoxoa » et surtout des longs épanchements improvisés qui bientôt viendront et feront la marque de fabrique du groupe, sa raison de jouer. Pourtant, les gimmicks de chacun des musiciens sont déjà là, on les reconnait vite, on sent la présence de Jerry Garcia (g) à ses soli clairs, cristallins, célestes et sereins ; celle de Lesh (b) à ses notes précises toujours bien en place ; celle de Pig Pen (p+h) (à son décès le Dead perdra son sens inné du blues à l’harmonica, au piano et à l’orgue Hammond) ; de Kreutzman (d) en attente de son sosie duettiste ; et de Bob Weir (g). Tous sont déjà aux commandes d’un line-up classique. Leurs ambitions sont claires : du rock, du blues, de la country, le tout brassé en un mix reconnaissable.

Je trouve nombre de charmes à cet album humble, aisé d’abord et direct dans ses intentions, même si son intérêt n’est encore rien à côté des réalisations qui suivront, « Aoxomoxoa » et « Anthem of the sun » en tête. «First Album» marque en somme le franchissement obligé d’une frontière entre ce que, d’un côté, le line-up est capable de faire et ce qu’il rêve de construire, de l’autre.

La musique du Dead peut paraitre désuète et vieillotte, à remonte-temps inutilement nostalgique ; on peut s’y trouver addict ou à des années-lumière. Elle n’est et ne restera que ce qu’elle a toujours été, éternellement vivante, libre et vivace… et c’est très bien comme çà. Enracinée dans les genres immortels qu’elle propose et enrichie des riches et fertiles impros dont elle sait se nourrir et s’exponentialiser.

Long live Dead.

En illustration sonore





jeudi 30 octobre 2025

Van Der Graaf - The Quiet Zone / The Pleasure Dome (1977)

 


Le combo se nommait à l’origine (1967) Van Der Graaf Generator. Le dernier élément de son patronyme disparait en 1977 avec ce 8ème opus studio qu’est « The quiet zone / The pleasure dome ». Le nom de baptême dont se pare le groupe est, qui plus est curieusement steampunk avant l’heure, une référence à un appareil électrique, créé en 1930, produisant de l’électricité statique, le générateur de Van de Graaff du nom de son inventeur. 37 ans plus tard, en 67 (date de création de VDGG), la faute d’orthographe accidentelle d’un « f » sous-numéraire et la propension d’antan qu’avait l’univers rock à se parer de noms de groupes improbables et interminables, engendraient un combo rock culte. En outre, autre bizarreté, certaines lettres de son nom de scène furent quelques fois remplacées par des triangles de Penrose, objets impossibles dessinés en 1950. VDGG a souvent avancé en terres de mystères, sa musique s’en est fait l’écho. Et c’est tout son charme.

Van Der Graaf est un groupe de rock anglais appartenant à la vague progressive britannique des 70’s, celle pionnière du genre, débordant d’amont sur les 60’s et s’insérant d’aval dans les 80’s. Il devint un combo culte sur le fil d’une petite dizaine d’albums inspirés et atypiques, s’attira les faveurs d’une intelligentzia fidèle et exclusive, presque jusqu’au-boutiste, n’émergea au grand jour que de manière diffuse et sporadique … avant de splitter et de renaitre, sans acquérir, à l’égal de Genesis ou de Yes, le statut de tête de gondole. Faute à certains petits défauts embarqués (mais en étaient-ce vraiment ? puisqu’ils font tout l’intérêt de ceux qui idolâtrent le groupe) ; ils sont comparables, par exemple, à ceux attribués et reprochés à Gentle Giant : une zique complexe, intello, perçue érudite, aux textes bavards à première écoute. … et pourtant : à laisser le groupe tourner sur la platine, il avait de quoi plaire, surtout si rien d’enchanteur n’émergeait la première fois. Son âme n’était palpable qu’en y revenant, encore et encore.

Tout l’esprit et le sel de l’album s’affirment dès les trente premières secondes écoulées du morceau initial. Tous les ingrédients typiques y sont regroupés, l’un suivant l’autre puis s’imbriquant l’un dans l’autre : guitares acoustique (bientôt électrique), violon, basse ronflante et dodue, batterie, voix envoutante et reconnaissable entre mille ; ne manque que le saxo (sur seulement deux morceaux). On est au parfum de ce qui va suivre, tout déjà réduit dans ces quelques mesures. Le reste ne sera qu’affaire de développement, de merveilles qui en découlent en pays de prog.

A mon sens, « The quiet zone / The pleasure dome » est le chef-d’œuvre du combo, l’opus d’un groupe pourtant soldant ici son passé (encore un beau live, « Vital », et puis basta s’en ira) … mais qui saura renaitre à l’aube du millénaire naissant. Ce n’est pas, pourtant, selon la critique, le meilleur LP de VDGG mais c’est celui avec lequel j’ai le plus d’affinités, le sentiment d’enfin comprendre ce qu’il s’y passe quand la complexité/la sophistication habituelle apportée à la musique cède la place à une relative simplicité. S’y ajoute une zenitude palpable, absente des opus précédents marqués d’une atmosphère sombre et inquiète. La particularité du groupe est que les vocaux sont omniprésents sur la plupart des albums. Ici, le chanteur (Peter Hammill) se glissant à son habitude dans tous les registres, se montre pour une fois plus en retrait qu’aux premières loges. A mon sens ses interventions (même si sa voix est particulièrement belle) asphyxient souvent l’audition, imposent une quasi apnée à celui qui écoute. « The Quiet Zone / The Pleasure Dome » échappe à cette quasi constante, libérant de l’espace à la structure instrumentale dédiée non pas tant à la guitare du leader (pourtant incontesté) qu’aux interventions mélodiques inspirées du violon et à une basse bien ronde, bien poussée en avant, boursoufflée, grondante. Un saxo intervient sur deux titres, sa présence affine encore plus le particularisme du combo.

Je pose ce genre d’albums sur la platine-disque, ceux classés rock-progressif, quand le besoin d’embarquer ailleurs qu’en territoire blues-rock se fait sentir. Ce brusque virage musical vient me visiter de temps à autre quand la note bleue me lasse de ses gammes pentatoniques routinières lassantes.

Van Der Graaf m’est, en outre, groupe « saisonnier » ; je ne l’écoute qu’en automne ou en hiverIl livre une musique, me semble t’il, arrachée aux riches couleurs d’octobre quand la Toussaint, en approche lente, va marquer le changement de temps ; quand les arbres aux mille tons se séparent de leurs feuilles comme autant de notes perdues sur la partition des branches peu à peu dénudées ; lorsque le lent glissement vers l’hiver s’amorce. Il y a beaucoup de mélancolie attachée à l’automne dans cette curieuse perception musicale qu’offre le groupe : un été hélas désormais presque enfui, une météo entre deux extrêmes, le poêle à bois contraint à un feu doux hésitant et ponctuel … alors que le mobilier de jardin attend encore ses housses protectrices et l’abri du cabanon. Une parenthèse temporelle peu à peu se déploie ; un entre-deux se crée … et VDG s’y insère, s’y glisse, dédiant le panel sonore foisonnant de sa musique aux nombreuses nuances complexes de l’automne.

Bienvenue en pays d’octobre.



... où apparait un triangle de Penrose

... où apparait le générateur de Van de Graaff


mercredi 30 avril 2025

GA-20 + Dirty Deep – Le FIL, Saint-Etienne, 24/04/2025

 

GA-20

Dirty Deep

Il y a peu, en bout d’un surf erratique sur le Web, je suis tombé sur un combo rock qui m’était, jusqu’alors, totalement inconnu ; mais sur lequel j’ai flashé illico. Son nom, GA-20, originaire de Boston. Quelques trailers vidéo associés laissèrent remonter un blues-rock à mon goût : étonnant et rare, atypique dans sa fureur électrifiée et saturée, tonitruant, gorgé de nitroglycérine, entrainant, énergique et gouailleur. En quelques mots : ces mecs avaient les deux doigts dans la prise ; condition sine qua non d’un rock digne de ce nom. Un album de leur discographie eut l’heur de me plaire dans ses intentions. Il lui aura suffi de quelques détails en une de pochette pour attirer définitivement mon attention et déjà me convaincre :

L’opus était signé d’un power-trio (plutôt bon signe car obligeant, sur scène, à d’excellents musicos, très techniques et inspirés … !) pour le moins atypique : deux guitares, une batterie et basta, pas de basse. L’hérésie intrigante, supposée mais infondée, d’une 4-cordes aux abonnés absents attire l’oreille et questionne : « Comment font-ils sans ? ». Le rock ne s’est que très rarement passé de l’instrument et ce avec des fortunes le plus souvent contraires. 

Le 33 tours montrait en outre, en 1 de couverture, la photo d’une main gauche, doigts écartés, un bottleneck autour du 5ème et, en bord droit, une belle hexadactylie, celle d’un auriculaire surnuméraire, resté embryonnaire. M’est tout de suite remonté en mémoire Hound Dog Taylor, son style à la guitare speedé par l’utilisation constante et frénétique d’un goulot de bouteille (ou d’un tube en inox). Je n’ignorais pas sa polydactylie : il avait sectionné d’un coup de couteau l’une des excroissances un soir de beuverie. Le musico black était connu pour ses line-ups privés de bassiste. Ce mec m’avait plu durant les 70’s. Ses albums étaient des coups fourrés qui embobinaient, hargneux et pugnaces. Je notais, de plus, son nom dans le titre (« GA-20 Does Hound Dog Taylor: Try It...You Might Like It! »). Le doute n’était plus permis. J’avais sous les yeux un album-hommage bourré de covers dédiées à un bluesman noir qui, malgré ses compétences techniques sommaires, lardait ses shows et ses albums de refrains entêtants et accrocheurs qui soulevaient son public sans coup férir.  

Live, GA-20 est t’il à la hauteur du défi inattendu de ressusciter un bluesman noir désormais un tantinet, et à tort, oublié. Comment résister à les voir et les entendre sur scène ? … d’autant que, l’occasion faisant le larron, GA-20 était programmé au FIL de Saint-Etienne ce jeudi 24/04/2025. J’y suis allé sur la foi d’un album … sans savoir que le groupe avait bien d’autres cordes à son arc.

Accompagnés ils furent, en première partie enthousiasmante (il y a du futur en eux) par les strasbourgeois de Dirty Deep. Quelques trailers alléchants (et autres bouts de live revigorants) les précédèrent, disséminés de ci-de-là sur le Net en amuse-gueules prometteurs. Dirty Deep : un autre power trio d’electric blues qui lui, n’a pas fait l’impasse sur le pouvoir rythmique d’une basse bien ronde ; un guitariste assis, harmonica parfois en bouche, ou perché sur le comptoir du bar. Des morceaux « goûteusement » blues, tendus sur haute tension ; quelques tonalités arabisantes ponctuelles bien amenées et plaisantes ; un rappel indien à cappella. Dirty Deep : beaucoup plus qu’une première partie, un show que l’on n’oublie pas et que l’on redemande.

GA-20, venu à l’avant-scène, se passe donc ostensiblement de bassiste … et fonctionne à merveille, comme si de rien n’était. Étonnant pari que celui proposé. Les règles du jeu sont claires d’emblée, paraissent vite naturelles et innées ; le public adhère, l’enchantement commence. Le combo crée un son qui lui est propre, un univers différencié mais fidèle aux racines d’une certaine forme de blues. Les trois musicos, habiles à l’ouvrage et inspirés, marquent leur territoire, il y a eux et les autres dans le marché de niche qu’est ce genre de blues. Chaque guitariste prend tour à tour sa part de rythmique quand l’autre s’embarque en solo. Le tout s’impose en un chassé-croisé incessant où l’auditeur joue, sans cesse, au « qui joue quoi ?». Étonnant et ludique manège. C’est ainsi que s’imposent les bonnes soirées : par l’inattendu et la nouveauté qu’elles offrent dans la tradition d’une musique éternelle respectée.

Au-delà des attendues reprises de Hound Dog Taylor arrivent ce que je n’attendais pas : quelques fausses bluettes comme issues des 50’s et 60’s, assaisonnées de riffs et de soli à l’avenant, teintées de styles oubliés qui ne demandent qu’à renaitre. Elles jouent à remonte-temps et offrent quelques instants nostalgiques. J’ai adoré.

Et puis, surtout, en cœur de show, nait un moment de grâce. Seul en scène, Cody, le premier guitariste, reprend un blues lent signé Sam Lightning Hopkins, presque à cappella, si ce n’est surligné, à minima, par de courts phrasés bluesy pertinents. Frissons. A mon sens l’apex serein d’un show dédié à la nitroglycérine.

Puis, le même, en solo, descendu de scène, maintenant au plus près de,son public, serrant les mains, lâchant des flèches bluesy au gré de ses ressentis.

 GA-20, au final, puise ses influences au cœur d’un blues électrique immortel qui n’a de cesse de partir et de revenir, sans cesse revisité par les générations de musicos qui s’y succèdent. GA-20, c’est aussi le rhythm n’ blues chahuteur des 50’s et 60’s, restitué avec force énergie et respect.

GA-20 doit son nom à l'amplificateur de guitare fabriqué par Gibson de 1950 à 1961. Tout un symbole.. ! Un élément de plus à la congruence de signes favorables qui, si vous aimez le blues ….

Merci à Jean-Paul Pichon & 4Pat pour les vidéos et photos. Je n’ai jamais été fichu de prendre des clichés de scène corrects.

 


 
 







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