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dimanche 22 mars 2026

Guillotine sèche – René Belbenoit –

 

 La Manufacture de livres Ed. (2025)

Dans la peau d’un forçat en « je narratif », embarquement immédiat pour Cayenne. Son bagne durant les années 20’s et 30’s. C’est, tristement célèbres Saint-Laurent du Maroni, l’Ile du Diable, celles Royale et Saint-Joseph…  il y a peu Dreyfus et bientôt Seznec…. Ici, 250 pages durant, un autre témoignage…

«Guillotine sèche ». Le titre intrigue. Que signifie-t-il ? Benoit Belbenoit, l’auteur, avait choisi de première intention « Les Compagnons de la belle » pris dans le sens d’« évasion », de « cavale ». Le nouveau choix, une fois décrypté dans le cours du récit, se montre plus percutant dans ses intentions, d’une force implacable et d’un impact foudroyant. L’explication frappe le lecteur comme un uppercut au menton. Le grand reporter Albert Londres en est à l’origine lorsque, visitant le bagne de Cayenne, les Iles du Salut et surtout celle de St-Joseph, ses mots « à-la-une » comparent l’invention sanglante de Guillotin à la mort lente et inéluctable promis par Cayenne à ses détenus. Après tout, pourquoi ne pas préférer la première, instantanée, tant la mort y semble plus charitable ?

« Dry Guillotine » est l’autobiographie d’un bagnard qui connut l’enfer pénitentiaire de Cayenne durant les années 20’s et 30’s. Il s’en évada quatre fois mais à chaque tentative fut repris ; la cinquième, à destination de Los Angeles, fut un succès. Le récit, dans sa plus grande part, couvre ses années parisiennes d’adolescent délinquant, celles terribles de détention en Guyane, et enfin d’exil en Californie. L’ouvrage est sorti en 1938 et devint, dans la foulée, un best-seller aux USA ; en France le succès fut plus confidentiel et peut s’expliquer par le fait que l’homme, désormais libre, ne pouvant regagner la métropole, fut contraint à l’exil outre-Atlantique.

Né en 1899 et décédé en 1959 (ce n’est pas sans importance, voir plus loin), tôt jeune délinquant devançant l’appel de 14-18 pour échapper à la maison de correction pour de menus larcins vol et récidives, c’est un bagnard condamné à l’âge de 22 ans à huit ans de travaux forcés, bientôt gonflés de lourdes peines satellitaires pour évasions successives ratées. Déporté à vie en tant que « libéré » Il semble avoir été le seul à réussir à s’échapper de Cayenne.

L’auteur dissèque dans le détail, nombre d’anecdotes aidants, son existence de bagnard. Toutes ces années de maltraitance légale l’ont placé sur le fil d’un funambule oscillant sans cesse, de droite et de gauche, entre instinct de survie et désespérance, liberté à tout prix et fatalisme. Belbenoit dénonce et condamne les principes administratifs absurdes et inhumains qui firent de Cayenne un enfer sur terre où maints forçats périrent sous les coups de butoirs d’une violence d’état inassumée, les punitions et châtiments disproportionnés (guillotine incluse), la malnutrition et la misère physiologique induite. Y sont en outre décrits les systèmes de corruption honteux imposés en sous-main par certains fonctionnaires ; la « débrouille », les mille et un moyens pour les détenus de se faire un peu d’argent. Il détaille le système carcéral de ce bout du monde perdu et le cadre tropical et humide qui l’entoure. La jungle, les bêtes sauvages, la quinine, la mort nu-pieds dans la boue, les travaux forcés sous un soleil de plomb, les cachots de l’Ile Saint-Joseph où le silence imposé tue les âmes, les dépravations imposés, les règlements de compte, la fosse commune pour solde de tout compte. Tout concoure à une honte française… !

Le lecteur pénètre peu à peu dans un enfer micro-sociétal fortement hiérarchisé où la survie déguise physiologiquement les bagnards en morts-vivants ; se faufile hypocritement entre corruptions tous azimuts et dessous de tables ; les espérances de vie y sont massacrées.

Qui pour se souvenir de « Papillon » signé Henri Charrière ? J’ai lu ses mémoires à parution en 69. Je me souviens qu’à l’époque, en ITW l’auteur revendiquait tous les faits décrits comme lui étant advenus. J’ai vu le film avec Steve McQueen et Dustin Hoffman sur grand écran en 73, ensuite à la TV à de multiples reprises. On note, les deux supports confondus, nombre de rapprochements étonnants avec le bouquin de Belbenoit. La rumeur courrait : Papillon dans ses mémoires s’était offert sur le papier un supplément d’aventures qui n’étaient pas tout à fait les siennes. Dans l'ombre de "Papillon" (1969), "Dry guillotine", de parution largement antérieure (1938), lui ressemble beaucoup (trop ?) et mérite davantage en notoriété.



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