Dans la peau d’un forçat en « je
narratif », embarquement immédiat pour Cayenne. Son bagne durant
les années 20’s et 30’s. C’est, tristement célèbres Saint-Laurent du Maroni,
l’Ile du Diable, celles Royale et Saint-Joseph… il y a peu Dreyfus et bientôt Seznec…. Ici,
250 pages durant, un autre témoignage…
«Guillotine sèche ».
Le titre intrigue. Que signifie-t-il ? Benoit Belbenoit, l’auteur, avait
choisi de première intention « Les Compagnons de la belle »
pris dans le sens d’« évasion », de « cavale ». Le nouveau
choix, une fois décrypté dans le cours du récit, se montre plus percutant dans
ses intentions, d’une force implacable et d’un impact foudroyant. L’explication
frappe le lecteur comme un uppercut au menton. Le grand reporter Albert Londres
en est à l’origine lorsque, visitant le bagne de Cayenne, les Iles du
Salut et surtout celle de St-Joseph, ses mots « à-la-une » comparent l’invention
sanglante de Guillotin à la mort lente et inéluctable promis par Cayenne
à ses détenus. Après tout, pourquoi ne pas préférer la première, instantanée, tant
la mort y semble plus charitable ?
« Dry Guillotine »
est l’autobiographie d’un bagnard qui connut l’enfer pénitentiaire de Cayenne
durant les années 20’s et 30’s. Il s’en évada quatre fois mais à chaque
tentative fut repris ; la cinquième, à destination de Los Angeles, fut un
succès. Le récit, dans sa plus grande part, couvre ses années parisiennes d’adolescent
délinquant, celles terribles de détention en Guyane, et enfin d’exil en
Californie. L’ouvrage est sorti en 1938 et devint, dans la foulée, un best-seller
aux USA ; en France le succès fut plus confidentiel et peut s’expliquer par le
fait que l’homme, désormais libre, ne pouvant regagner la métropole, fut
contraint à l’exil outre-Atlantique.
Né en 1899 et décédé en 1959 (ce
n’est pas sans importance, voir plus loin), tôt jeune délinquant devançant
l’appel de 14-18 pour échapper à la maison de correction pour de menus larcins
vol et récidives, c’est un bagnard condamné à l’âge de 22 ans à huit ans de
travaux forcés, bientôt gonflés de lourdes peines satellitaires pour évasions
successives ratées. Déporté à vie en tant que « libéré » Il semble
avoir été le seul à réussir à s’échapper de Cayenne.
L’auteur dissèque dans le détail,
nombre d’anecdotes aidants, son existence de bagnard. Toutes ces années de
maltraitance légale l’ont placé sur le fil d’un funambule oscillant sans cesse,
de droite et de gauche, entre instinct de survie et désespérance, liberté à
tout prix et fatalisme. Belbenoit dénonce et condamne les principes
administratifs absurdes et inhumains qui firent de Cayenne un enfer sur
terre où maints forçats périrent sous les coups de butoirs d’une violence d’état
inassumée, les punitions et châtiments disproportionnés (guillotine incluse), la
malnutrition et la misère physiologique induite. Y sont en outre décrits les
systèmes de corruption honteux imposés en sous-main par certains
fonctionnaires ; la « débrouille », les mille et un moyens pour
les détenus de se faire un peu d’argent. Il détaille le système carcéral de ce
bout du monde perdu et le cadre tropical et humide qui l’entoure. La jungle, les
bêtes sauvages, la quinine, la mort nu-pieds dans la boue, les travaux forcés sous
un soleil de plomb, les cachots de l’Ile Saint-Joseph où le silence imposé tue
les âmes, les dépravations imposés, les règlements
de compte, la fosse commune pour solde de tout compte. Tout concoure à une honte
française… !
Le lecteur pénètre peu à peu dans
un enfer micro-sociétal fortement hiérarchisé où la survie déguise
physiologiquement les bagnards en morts-vivants ; se faufile hypocritement
entre corruptions tous azimuts et dessous de tables ; les espérances de
vie y sont massacrées.
Qui pour se souvenir de « Papillon » signé Henri Charrière ? J’ai lu ses mémoires à parution en 69. Je me souviens qu’à l’époque, en ITW l’auteur revendiquait tous les faits décrits comme lui étant advenus. J’ai vu le film avec Steve McQueen et Dustin Hoffman sur grand écran en 73, ensuite à la TV à de multiples reprises. On note, les deux supports confondus, nombre de rapprochements étonnants avec le bouquin de Belbenoit. La rumeur courrait : Papillon dans ses mémoires s’était offert sur le papier un supplément d’aventures qui n’étaient pas tout à fait les siennes. Dans l'ombre de "Papillon" (1969), "Dry guillotine", de parution largement antérieure (1938), lui ressemble beaucoup (trop ?) et mérite davantage en notoriété.

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