« La
fille du bois tordu » est une bande dessinée française parue en
février 2026 aux Ed. Mosquito. Elle est signée, textes et dessins mêlés,
par Isaac Wens. C’est l’épisode inaugural d’une série intitulée « Une
aventure de Robert Le Diable ». L’album semble néanmoins faire suite
naturelle à un one-shot éponyme de 2000, du même auteur et chez le même
éditeur. « La maison des broyeurs d’os », le tome à paraitre, au
titre sinistre mais prometteur, sera, je l’espère, fortement teinté du
même Fantastique classique brassé de régionalisme gersois. Tout un
programme.. !
Entre les mains du lecteur, sous
ses yeux amusés, s’amorce un étonnant pot-pourri jubilatoire imbriquant maints
stéréotypes du Fantastique classique : la maison et le bois hantés, les
pluies de crapauds comme témoins d’activités diaboliques, le croquemort et sa
charrette transportant les cercueils … etc. Nombre de figures de proue du genre
resurgissent : le vampire, le loup-garou, la sorcière, le fantôme (celui
de d’Artagnan), l’enfant différent. Une belle collection d’êtres marginaux
teintant l’atmosphère d’étrangetés. L’intrigue regorge de clichés comme autant
de clins d’œil ; ils interagissent en toute crédibilité scénaristique. Il
n’y a pas détournement de stéréotypes mais hommage au genre.
L’intrigue prend place, début XXème siècle, en Gascogne, un pays de légendes campagnardes s’il
en est … mais aussi à Londres, durant un hiver aux nuits brouillées par le Fog,
ses cimetières lugubres, ses rues peu sures…
« Le Bois Tordu » dans
le Gers. Un lieu hanté ? Un croquemort s’y rend, apeuré. Sa charrette
portant un cercueil vide. Une pluie de crapauds. Un sentier tortueux, couvert
et ténébreux. D’un côté l’autre, de hauts arbres serrés, creux et
tourne-vrillés, séculaires et dénudés. Une étroite et sombre clairière. En son
centre, une haute demeure biscornue, à colombages aberrants, sans aucune
logique d’assemblage.
Là habite Mr. Schrôdinger,
« L’immortel », l’ancien bagnard centenaire, tatoué
de signes cabalistiques par William Blake lui-même (si, si.. !). Il
est celui qui vient de mourir (ou presque) et qu’il va falloir dépecer… Le
défunt, sa nièce et son neveu ; tous trois, de par leurs attitudes,
semblent emprunter à la Nuit et à ses Créatures. Mais va savoir de quel côté de
la pièce ils vont retomber, du Bien ou du Mal ? Suite au prochain épisode.
La « Mésange »,
celle qui, de noir vêtue, furète et chaparde autour des maisons. Un brin mauvais
œil aux dires des gens alentours. Jeune allemande aux français malaisé. Sorcière
aux pieds nus et aux yeux vairon… Son frère, le « Drôle », un
enfant boulimique, muet et au faciès lunaire. On les dit, tous deux, maudits…
mais va savoir ?
Londres,
enfin, où, sur un modèle cousin de
la « Ligue des gentlemen extraordinaires », le Pyecraft Club se montre friand de
demeures hantées et de soirées spirites. Le cercle savant y étudie les
phénomènes paranormaux qu’on lui rapporte. S’y s’agitent de biens curieux
personnages qui furètent autour des tombes profanées ou dans l’ombre des
médiums envoûtés.
Un chasseur de vampires, chapeauté
à la Van Helsing, armé de pieux de bois affutés, de gousses d’ail, d’eau bénite
et de balles d’argent fondu. Le même, sujet, les nuits de pleine lune, à de
violentes crises de lycanthropie… Robert Le Diable, un jeune
reporter-photographe de « La Revue des Curiosités » ;
trépied, chambre noire et plaques sensibles en bandoulière ; un journaliste
fureteur de l’étrange et du surnaturel, en chasse de scoops … Une remuante commode
Louis XV hantée, aux pieds frêles, tremblotants, fébriles et trébuchants.
Tintamare dans toute la maison… Deux pendus à la croisée des chemins ; un
pentacle tracé dans la poussière du grenier, une patte de taupe cousue sur un
écusson de soie rouge…
La suite appartient au récit.
Vous y croiserez les Autres et le reste. Les surprises seront nombreuses.
L’influence scénaristique de
Jacques Tardi, via « Adèle Blanc-Sec », semble manifeste. Le Cimetière
de Bunhill Fields rappelle celui de « Momies en folie ». La nuit,
des squelettes hébétés s’échappent des caveaux et déambulent lentement, zigzaguent
dans les rues londoniennes ensommeillées. Le même humour s’agite aux détours de
situations décalées semblables. Le scénar est inspiré, bien agencé dans ses
avancées, rythmé dans ses péripéties successives. Le graphisme, semi réaliste,
colle au propos de belle manière. Le tout est plaisant… et est à recommander.
Merci Babelio, Masse
Critique, l’auteur, l’éditeur.
A réception postale de l'album j'ai eu le plaisir de trouver, joint à l'envoi, un merveilleux et luxueux catalogue pub des ed. Mosquito (Merci). Faut dire, et je pèse mes mots, que leurs illustrateurs-maison y semblent vraiment talentueux: Totti, Serpieri, Vianello ... et quelques autres. Bongu, y'a pas à dire, çà fait vraiment envie.
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