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vendredi 31 juillet 2026

Jeremiah n°15 – Alex – Hermann (BD)

 

Dupuis Ed., Collection « Repérages » (1990)

« Alex », daté de 1990, est le 15ème tome de « Jeremiah », un cycle BD initié par Hermann. Le dessinateur/scénariste y concrétise un tournant prévisible, déjà en filigrane dans l’épisode précédent. Délibérée, l’amorce de changement est palpable.

 SF post-apo toujours, pourtant ; western itou. Le changement est ailleurs. Dans l’attention portée aux personnages embarqués. Les héros s’effacent au profit des seconds rôles.

L’édition sous mes yeux, sans doute l’originale, contient, en bonus, un poster volant, double face, aux dimensions d’une double page de l’album. Au recto, une illustration évocatrice d’une des situations de l’intrigue ; au verso un avant-propos de l’auteur. On y trouve, je cite : « Le concept d’une série qui s’articule autour d’un « héros » a fini par me lasser, d’où le compromis actuel : j’intègre Jeremiah et Kurdy dans une histoire qui pourrait parfaitement se passer d’eux et qui en fait des acteurs/spectateurs ». Ce que l’on entrevoyait dans le tome précédent se confirme et s’affirme : les jusqu’alors seconds rôles prennent du galon.

Ainsi émerge Alex sous les sunlights de l’avant-scène, en pleine lumière d’un scénario bâti autour d’elle, pour elle, décryptant ses qualités et faiblesses. Alex, une de ses héroïnes de papier attachantes et tragiques, dont on se souviendra  la dernière page tournée. Jeremiah et Kurdy sont réduits au statut de potiches énamourées, subjugués par sa beauté et sa bienveillance innée, simples gardes-du-corps au sein d’une situation qui la menace, elle et sa famille.

En vrac :

… une ville-western bruyante, accotée à un port détruit et déserté ; un taudis en bord de canal, tôles rouillées et contreplaqué de bric et de broc mêlés ; pontons délabrés et petites embarcations à moteurs ;

… là vit une famille tuyau-de-poêle, celle d’Alex ; des parents pitoyables en recherche d’eux-mêmes ; une mère XXL envahie par la graisse et la paresse, un père effacé et fataliste, un fils à tronche de génie, Alex, l’ainée, une belle plante, décidée à ce que les siens voient couler des jours meilleurs ;

… mais encore trois chimpanzés domestiqués ; Alex tient à leur compagnie joueuse, quitte à l’odeur ; elle trouvera entre les bras de Kurdy, un parfum animal similaire, celui de sa mule.

… des éclaireurs « japs » discrets, en recherche d’une tête-de-pont prélude à une invasion opportuniste qui ne viendra pas, une dizaine de militaires obstinés à ce que, derrière eux, aucun témoin ne survive.

… un « autre » Mont Rushmore, en version indienne, revisité à l’effigie d’un grand sachem du temps jadis, taillé dans le roc d’une montagne impressionnante, un lieu de rassemblement sacré abandonné. La « Mort aux trousses » d’Hitchcock y trouve hommage appuyé lors du coup de feu final, violent, âpre, cruel … et définitif.

Une intrigue hétéroclite, tendue d’éléments disparates, néanmoins parfaitement lisible. Un portrait de femme. Une mise en abime attachante, positive, gorgée d’espoir.






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