Dupuis Ed., Collection « Repérages » (1990)
« Alex », daté
de 1990, est le 15ème tome de « Jeremiah », un cycle BD initié
par Hermann. Le dessinateur/scénariste y concrétise un tournant prévisible,
déjà en filigrane dans l’épisode précédent. Délibérée, l’amorce de changement
est palpable.
SF post-apo toujours, pourtant ; western
itou. Le changement est ailleurs. Dans l’attention portée aux personnages
embarqués. Les héros s’effacent au profit des seconds rôles.
L’édition sous mes yeux, sans
doute l’originale, contient, en bonus, un poster volant, double face, aux
dimensions d’une double page de l’album. Au recto, une illustration évocatrice d’une
des situations de l’intrigue ; au verso un avant-propos de l’auteur. On y
trouve, je cite : « Le concept d’une série qui s’articule autour d’un « héros »
a fini par me lasser, d’où le compromis actuel : j’intègre Jeremiah et
Kurdy dans une histoire qui pourrait parfaitement se passer d’eux et qui en
fait des acteurs/spectateurs ». Ce que l’on entrevoyait dans le tome
précédent se confirme et s’affirme : les jusqu’alors seconds rôles
prennent du galon.
Ainsi émerge Alex sous les
sunlights de l’avant-scène, en pleine lumière d’un scénario bâti autour d’elle,
pour elle, décryptant ses qualités et faiblesses. Alex, une de ses héroïnes
de papier attachantes et tragiques, dont on se souviendra la dernière page tournée. Jeremiah et Kurdy
sont réduits au statut de potiches énamourées, subjugués par sa beauté et sa
bienveillance innée, simples gardes-du-corps au sein d’une situation qui la
menace, elle et sa famille.
En vrac :
… une ville-western bruyante, accotée
à un port détruit et déserté ; un taudis en bord de canal, tôles rouillées
et contreplaqué de bric et de broc mêlés ; pontons délabrés et petites embarcations
à moteurs ;
… là vit une famille
tuyau-de-poêle, celle d’Alex ; des parents pitoyables en recherche
d’eux-mêmes ; une mère XXL envahie par la graisse et la paresse, un père
effacé et fataliste, un fils à tronche de génie, Alex, l’ainée, une
belle plante, décidée à ce que les siens voient couler des jours meilleurs ;
… mais encore trois chimpanzés
domestiqués ; Alex tient à leur compagnie joueuse, quitte à l’odeur ;
elle trouvera entre les bras de Kurdy, un parfum animal similaire, celui
de sa mule.
… des éclaireurs « japs »
discrets, en recherche d’une tête-de-pont prélude à une invasion opportuniste
qui ne viendra pas, une dizaine de militaires obstinés à ce que, derrière eux, aucun
témoin ne survive.
… un « autre » Mont Rushmore,
en version indienne, revisité à l’effigie d’un grand sachem du temps jadis,
taillé dans le roc d’une montagne impressionnante, un lieu de rassemblement
sacré abandonné. La « Mort aux trousses » d’Hitchcock y trouve
hommage appuyé lors du coup de feu final, violent, âpre, cruel … et définitif.
Une intrigue hétéroclite, tendue
d’éléments disparates, néanmoins parfaitement lisible. Un portrait de femme. Une
mise en abime attachante, positive, gorgée d’espoir.

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