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dimanche 26 juillet 2026

Méliès à la plage (La magie du cinéma dans un transat) – Olivier Cotte

 

Ed. Dunot (2026)

En France, du temps du cinéma muet, de la toute fin du 19ème siècle jusqu’aux premières décennies du 20ème, soit une trentaine d’années durant …

… depuis l’époque des chapeaux décorés ou fleuris de ces dames, leurs ombrelles sous le soleil, les amples robes et corsets rigides ; les blancs canotiers de ces messieurs, leurs redingotes, les gilets à montres-goussets …

… jusqu’au-delà des années sombres de la guerre, l’émergence d’un monde nouveau, ses modes vestimentaires et l’état d’esprit des années trente….

… le cinématographe d’antan, ancêtre de la vidéo numérique, naissait. Dans la foulée: les balbutiements du 7ème Art, le système D ouvert aux Geo Trouvetou de la pellicule et du nitrate d’argent, les premiers effets spéciaux de bric et de broc mais pour autant criants (ou presque) de réalisme (Star Wars, sors de ce corps .. !), la gourmandise des opportunismes commerciaux quitte aux piratages (et oui, déjà.. !), les pionniers passionnés avides de l’exploration des possibles que laissa entrevoir une telle invention.

Ce furent, parmi quelques autres, les Frères Lumière, Thomas Edison et, pour le coup, Georges Mélies (1861-1931). Pour ce dernier, une belle aventure se profilait, la passion de toute une vie, où « tout était à inventer » (dixit la 4 de couv) et dont les héritiers de cœur tirent encore profit artistique.

Méliès donc, et bien parlons-en ..! « Silence, on tourne » ; même si le réalisateur n’a, sans doute, jamais prononcé cette formule magique. « Méliès à la plage », aux Ed. Dunod (2026), fait revivre une époque défunte. Les propos d’Olivier Cotte, l’auteur, précis, érudits et passionnés abordent à ses sources ce « premier » cinéma de fiction, celui signé Méliès, muet et en N&B, pionnier et balbutiant, vendu comme attraction foraine au mètre linéaire de pellicule, évoluant au rythme frénétique des menues trouvailles improbables d’un bricoleur de génie, hésitant entre documentaires filmés de par le monde et brèves fictions souvent naïves mais illuminés d’effets spéciaux ingénieux en couches multiples … Méliès pour finir se perdant financièrement et artistiquement, amer destin anticipé, bien avant ce parlant inéluctable qui, en enfant indigne, l’aurait mis, lui aussi, sur la paille sans se retourner .. si ce n’est, en 29, pour un ultime hommage Salle Playel quand on le reconnut, tenant misérablement un kiosque sur les quais de la Gare Montparnasse.

De Méliès, avant lecture de l’ouvrage de Cotte, je ne gardais que quelques souvenirs fragmentaires de son célèbre « Voyage dans la Lune ». Ses naïfs mais sublimes décors peints de la main même du réalisateur. La Lune, en arrêt sur image mythique ; son visage rendu humain, éborgné d’un obus stellaire ; le projectile habité d’aventuriers sautillants, pétillants et endimanchés. Le court-métrage est un chef d’œuvre du 7ème art, un bijou d’Imaginaire pur qui, 12 minutes durant, offre un point d’orgue au cinéma fictionnel muet. Sous-titres ancêtres des voix off ciné à venir, noir et blanc tressautant et aux contrastes affirmés, scènes alertes, vives et saccadées, plans frontaux systématiques cousins de ceux que le théâtre offre aux spectateurs du premier rang.

Mélies, c’est aussi et majoritairement, une œuvre foisonnante, une myriade de bouts de films (près de 500), docus et le plus souvent fictions, pour la plupart perdus de vue ou détruits par le réalisateur lui-même quand, acculé à la faillite, il désespéra. Méliès : des éclats de fictions inspirés, tournés à la manivelle en 14 images/seconde, plus proches de la Féérie, voire du Fantastique que de la Science-Fiction ; des rêves merveilleux et obstinément décalés de la réalité en cours ; des pièces d’un puzzle gigantesque témoins d’un Imaginaire d’auteur totalement détaché du quotidien, tout entier tourné vers une restitution cinématographique purement virtuelle.

Méliès, un grand enfant ?  Sa famille était dans la chaussure de luxe, un marché commercial florissant, lui assurant un avenir sans problème financier. Le futur réalisateur s’y refusa et, en conséquence vendit ses parts à ses frères, préférant la prestidigitation qui lui laissa bientôt entrevoir tout le profit artistique et financier qu’il pouvait tirer du cinéma naissant. Ainsi naissent les rêveurs, ces fous visionnaires qui, en marge, ne feront jamais comme les autres.

En background, au-delà de la seule évocation de la personnalité et de l’itinéraire de vie du réalisateur, « Méliès à la plage » explore dans son jus toute une époque. Entre la préhistoire graphique de l’image simplement dessinée voire peinte et la modernité de celle offrant l’illusion du mouvement, il est question, entre autres, de l’incendie tragique du Bazar de la Charité dû à un projecteur ciné en flammes ; de trucs de scène révélés, importés du théâtre de l’illusion et adaptés sur pellicule (substitution, cache et contre-cache) ; de « L’arroseur arrosé », de « L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » … tout un bric à brac de détails enchevêtrés qui font les délices de la lecture.

Méliès, un pionnier cinéaste d’importance, passionné et jusqu’auboutiste dans ses choix, s’obstinant trop longtemps dans ses plans théâtraux, le plus souvent frontaux. La faillite le terrassa quand il ne sut plus s’adapter aux tournants que prit le genre.

Je ne suis pas cinéphile. Ou si peu. Ma culture 7ème art, s’est révélée, avec le temps, diffuse, sporadique et ponctuelle. Je ne me suis intéressé au genre qu’au coup par coup depuis, qu’adolescent, d’autres passions sont venues squatter tout mon temps libre : SF surtout, mais aussi BD, polar et rock. Néanmoins, de temps à autre, sur le fil d’un roman lu et apprécié, curieux de son adaptation ciné apte à dévoiler un autre regard que le mien, je me suis tourné vers certaines biographies ou essais, voire des romans baignant dans le 24 images/seconde. C’est le cas, pour ces derniers, de « Le crépuscule des stars » de Robert Bloch qui narre, avec passion, la transition, quelquefois tragique, du muet hollywoodien vers le parlant. D’autre part, mon intérêt pour la SF, m’a conduit à frôler, néanmoins sans approfondir, le Merveilleux, le Fantastique et la Féérie chers à Georges Méliès, trois éléments moteurs de son univers cinématographique. Rien d’étonnant, en conséquence, à ce que la présente biographie m’ai attiré l’œil.

Merci Babelio, Masse Critique, l’auteur et l’éditeur. Je ne regrette rien, m’étant laissé entrainer, sur le fil d’une prose aisée et érudite, par un étonnant et passionnant voyage dans le temps. Les pages se tournaient d’elles-mêmes comme se déroule une bobine de pellicule ciné … qui, soudain libérée, son dernier mètre fouettant inlassablement l’air, laisse revenir la pleine lumière dans la pièce. Méliès, et l’ouvrage dans la foulée, surent capter la réalité derrière les décors truqués et la fiction sous les sunlights. Sacré témoignage que celui offert.. !

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