Dupuis Ed., Collection « Repérages », (1989), probable édition originale. Poster double page inclus reprenant au recto une illustration de l’album et au verso une courte ITW de l’auteur.
« Jeremiah », le
cycle : quelque part en Amérique du Nord, au cœur d’un « Après
nucléaire guerrier », un post-apo BD de facture classique si ce n’est
qu’il est teinté de western, une large brassée de one-shots au sein d’un cycle
foisonnant qui, pour l’instant, ne tire pas (encore ?) à la ligne.
… Same players shoot again.
Jeremiah et Kurdy sont à nouveau côte à côte pour un 14ème
épisode daté de 1989. Nos deux héros ressurgissent sous les crayonnés d’Hermann,
ses coups de gommes, ses mises en page inspirées, ingénieuses et
cinématographiques, ses encres de couleurs mêlées d’aquarelle, ses pinceaux et
ses feutres habiles. Hermann : le papa-mots du duo, tout autant leur
scénariste que leur dessinateur de toujours ... un homme emporté par la maladie
il y a peu.
Dixit l’auteur en ITW :
« Jeremiah a reçu une bonne éducation et une
éthique proches des miennes. Kurdy, est peut-être l’image de ce que je
n’ose pas faire ».
L’un réfléchi et posé ; l’autre gavroche, cherche-gnons et fort en gueule.
Les deux, aux antipodes l’un de l’autre.
Au plus près du mur d’un barrage gigantesque,
au pied de ses chutes d’eau en déversoir, chantantes et effervescentes, une
grande villa luxueuse et sécurisée. Au bout d’un long ponton de béton, un orgue
imposant en communion avec le bouillonnement sonore ambiant, du Bach, la
Toccata … Voici Sebastian Sikorsky, un richissime narcotrafiquant
mélomane, une floppée d’hommes de loi véreux à ses côtés, des gardes et hommes
de main à foison. Le tout narguant la loi, lui adressant des pieds de nez en
rafales, quitte à l’assassinat de ceux qui gênent ou enquêtent de trop près.
... quatre ex-miliciens en
rupture de hiérarchie, en soif de vengeances personnelles, attachés à trainer Sikorsky
en justice ou à le tuer, pour solde de tout compte. « Quelques boy-scouts attardés,
rêvant de récurer le trottoir de la société avec des brosses à dents »
(case 1, page 34).
... plus bas en aval, des champs
de pavots à l’infini sous des voiles arachnéens de camouflage, une fortune
végétale abondamment irriguée et en attente de conversion chimique dans des
labos souterrains empoudrés. La mort en sachets… déjà à l’export en ce monde
post-apo pourtant cloisonné.
... et puis, cerise sur le gâteau,
Sikorsky le frère, Simon de prénom. Un détraqué sexuel « ...
de retour » de l’asile psychiatrique pour les viols et meurtres
d’enfants, sauvé de perpette par une horde d’avocats et de psychiatres
grassement payés ou soudoyés… L’assassin, libéré conditionnel quitte aux
récidives, est une bombe à retardement ; les évènements à suivre le
montreront.
La suite appartient au récit....
Jeremiah et Kurdy, sont
simplement de passage, comme toujours ; par malchance, ils seront les
témoins forcés d’un drame en approche rapide qui semblait, malicieusement, les
attendre. … Ah, si on n’avait pas tué un homme sous leurs yeux comme au terme d’une
chasse à courre et peint à l’huile Ezra, la mule de Kurdy, ronds
rouges sur fond jaune, juste histoire de rire et de le rendre furieux. Nos deux
héros plongent au cœur d’une situation contrainte, autarcique et compliquée ;
qui les menace plus qu’elle ne les concerne vraiment. Jeremiah et Kurdy,
deux grains de sable involontaires grippant une machine narco-maffieuse
silencieuse mais omniprésente et implacable ; deux témoins d’une vengeance
à froid qu’ils ne soupçonneront même pas (ou si peu).
A mon sens, « Simon est
de retour » est un épisode mi-figue mi-raisin entre réussite fragile
et faiblesses évidentes ; un tome un tantinet faiblard ; un coup de
mou, de moins bien pardonnable car inévitable au cœur d’un cycle déjà si riche.
Déception donc… Cà devait arriver… Un coup d’épée dans l’eau, une baisse de
régime, un tilt ponctuel ?
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