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jeudi 30 juillet 2026

Jeremiah n°14 – Simon est de retour – Hermann (BD)

 

Dupuis Ed., Collection « Repérages », (1989), probable édition originale. Poster double page inclus reprenant au recto une illustration de l’album et au verso une courte ITW de l’auteur.

« Jeremiah », le cycle : quelque part en Amérique du Nord, au cœur d’un « Après nucléaire guerrier », un post-apo BD de facture classique si ce n’est qu’il est teinté de western, une large brassée de one-shots au sein d’un cycle foisonnant qui, pour l’instant, ne tire pas (encore ?) à la ligne.

Same players shoot again. Jeremiah et Kurdy sont à nouveau côte à côte pour un 14ème épisode daté de 1989. Nos deux héros ressurgissent sous les crayonnés d’Hermann, ses coups de gommes, ses mises en page inspirées, ingénieuses et cinématographiques, ses encres de couleurs mêlées d’aquarelle, ses pinceaux et ses feutres habiles. Hermann : le papa-mots du duo, tout autant leur scénariste que leur dessinateur de toujours ... un homme emporté par la maladie il y a peu.

Dixit l’auteur en ITW : « Jeremiah a reçu une bonne éducation et une éthique proches des miennes. Kurdy, est peut-être l’image de ce que je n’ose pas faire ». L’un réfléchi et posé ; l’autre gavroche, cherche-gnons et fort en gueule. Les deux, aux antipodes l’un de l’autre.

Au plus près du mur d’un barrage gigantesque, au pied de ses chutes d’eau en déversoir, chantantes et effervescentes, une grande villa luxueuse et sécurisée. Au bout d’un long ponton de béton, un orgue imposant en communion avec le bouillonnement sonore ambiant, du Bach, la Toccata … Voici Sebastian Sikorsky, un richissime narcotrafiquant mélomane, une floppée d’hommes de loi véreux à ses côtés, des gardes et hommes de main à foison. Le tout narguant la loi, lui adressant des pieds de nez en rafales, quitte à l’assassinat de ceux qui gênent ou enquêtent de trop près.

... quatre ex-miliciens en rupture de hiérarchie, en soif de vengeances personnelles, attachés à trainer Sikorsky en justice ou à le tuer, pour solde de tout compte. « Quelques boy-scouts attardés, rêvant de récurer le trottoir de la société avec des brosses à dents » (case 1, page 34).                                                                                                                                                                               

... plus bas en aval, des champs de pavots à l’infini sous des voiles arachnéens de camouflage, une fortune végétale abondamment irriguée et en attente de conversion chimique dans des labos souterrains empoudrés. La mort en sachets… déjà à l’export en ce monde post-apo pourtant cloisonné.

... et puis, cerise sur le gâteau, Sikorsky le frère, Simon de prénom. Un détraqué sexuel « ... de retour » de l’asile psychiatrique pour les viols et meurtres d’enfants, sauvé de perpette par une horde d’avocats et de psychiatres grassement payés ou soudoyés… L’assassin, libéré conditionnel quitte aux récidives, est une bombe à retardement ; les évènements à suivre le montreront.

La suite appartient au récit.... 

Jeremiah et Kurdy, sont simplement de passage, comme toujours ; par malchance, ils seront les témoins forcés d’un drame en approche rapide qui semblait, malicieusement, les attendre. … Ah, si on n’avait pas tué un homme sous leurs yeux comme au terme d’une chasse à courre et peint à l’huile Ezra, la mule de Kurdy, ronds rouges sur fond jaune, juste histoire de rire et de le rendre furieux. Nos deux héros plongent au cœur d’une situation contrainte, autarcique et compliquée ; qui les menace plus qu’elle ne les concerne vraiment. Jeremiah et Kurdy, deux grains de sable involontaires grippant une machine narco-maffieuse silencieuse mais omniprésente et implacable ; deux témoins d’une vengeance à froid qu’ils ne soupçonneront même pas (ou si peu).

A mon sens, « Simon est de retour » est un épisode mi-figue mi-raisin entre réussite fragile et faiblesses évidentes ; un tome un tantinet faiblard ; un coup de mou, de moins bien pardonnable car inévitable au cœur d’un cycle déjà si riche. Déception donc… Cà devait arriver… Un coup d’épée dans l’eau, une baisse de régime, un tilt ponctuel ?

           Même si le constat n’est que relatif, après la plénitude scénaristique des trois tomes précédents (« Delta », « Julius et Romea », « Strike », respectivement 11ème, 12ème et 13 ème épisodes de la série) l’intrigue baisse soudain en qualité. Faute à une mauvaise gestion scénaristique née d’un trop plein d’ingrédients au menu. Les interrogations ne sont pas résolues en temps utiles ; le tout se brouille et perd ses priorités ; l’épilogue s’en trouve bousculé, raccourci. Trop de plans de lecture imbriqués. La lisibilité s’y perd, impose une relecture. Un scénario touffu à l’excès, bavard, où le lecteur joue sans cesse au « qui est qui ? ». Si de l’intrigue on choppe l’essentiel, des interrogations satellitaires non résolues s’échappent néanmoins. Un fil d’Ariane resserré autour du pitch central aurait levé ces écueils. Il faut deux lectures pour tout assimiler, goûter toute la sève. Et pourtant, les intentions étaient bonnes et comme toujours étonnantes ….



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