Bamboo Ed. (2026)
C’est moi ou le Western, depuis quelques années, semble reprendre de l’allant ? Le 9ème art y retrouve, avec succès, « le bon côté du colt » (dixit la 4 de couverture). Témoin ce « Son of a gun » qui, de part et d’autre du Rio Grande, se montre une savoureuse, rigolarde et joyeusement parodique BD Western. Elle est, en one shot tous publics, signée Philippe Pelaez (au scénario) et Sébastien Corbet (aux dessins) ; le tout est paru début 2026 aux Ed. Bamboo.
« Son of a gun .. ! », dixit les auteurs, signifie « l’enfoiré.. ! ». L’expression est adressée sur un ton admiratif à celui qui, armé d’un culot monstre, ose tout et revendique l’impossible; quand sa mauvaise foi devient si évidente qu’elle subjugue, prend tout l’espace et fait mouche ; quand un bluff audacieux et improbable est réussi contre toute attente. Elle colle au propos du western où règnent les coups tordus, ceux cyniquement vicelards, les arrangements crapuleux avec la loi et les entourloupes. En voici quelques-unes … en mode Western parodique.
Fin XIXème, sous le soleil brûlant du Texas et du Mexique, deux chasseurs de primes sans scrupules et un homme recherché pour escroquerie, s’associent pour retrouver le trésor perdu du Président de la République mexicaine.
C’est dans un esprit potache ouvertement assumé, (« … nous nous sommes bien amusés » dixit les auteurs dans l’encart en annexe), qu’il nous est proposé de sourire à leurs délires et pitreries via un scénario Western déjanté et décalé. L’ouvrage parodie allègrement le western-spaghetti des 60’s/70’s et pastiche, entre autres et surtout, la quintessence du genre, « Le Bon, la Brute et le Truand » (1966) de Sergio Leone. Lee Van Cleef (Sentenza), Clint Eastwood (Blondin) et Eli Wallach (Touko) renaissent en BD sous les traits de Kentucky T. McBride (« Le Bandit »), Dolores Cordora de Sandoval (« La Belle ») et Cleveland Kirtley, un « Nain » bavard, coléreux et vindicatif. Toute ressemblance avec les personnages de fiction voulus par Leone n’est pas fortuite.
Le graphisme semi-réaliste, hyperdynamique et ensoleillé de la BD (bien dans l’air du temps), ses dialogues itou, se prennent au jeu des détournements potaches, jubilatoires et ingénieux. En découle, au final, un hommage au 7ème art spaghetti non dénué de mérite et de réussite. Le lecteur, amusé et peu à peu conquis, cherche les ingrédients graphiques et scénaristiques qui convergent du 7ème art vers le 9ème.
Quelques exemples, parmi d’autres :
La une de couv se fait l’écho graphique peu discret de la célèbre affiche du film. C’est un bel hommage qui ne passe pas inaperçu. L’intention est claire … « déconne » jouissive à tous les étages.
L’un des personnages imaginés par le duo d’auteurs voit son faciès peu à peu se métamorphoser en celui de Lee Van Cleef (la Brute), une figure hollywoodienne inquiétante et trouble, un acteur ciné pour le moins récurrent du Western-Spaghetti.
On peut lire dans un phylactère : « Le monde se divise en deux catégories, ceux qui sont grands et qui étayent, et ceux qui sont petits et qui creusent. Toi tu creuses. ». Qui pour ne pas se souvenir que de semblables tournures cyniques gravitaient en 25 images/seconde entre Blondin et Touko ?
En cinémascope, gros plans BD très rapprochés sur les regards des inévitables duellistes à la gâchette légère ; tout se lit dans le blanc de leurs yeux qui ne cillent jamais. Instants d’attente suspendue.
Et un clin d’œil à « Soleil Rouge » quand deux samouraïs, propriétaires de l’hôtel le Lotus Bleu, débarquent soudain dans l’intrigue … Un hommage final ciblant Lucky Luke sur le mode « J’m a poor lonesone cow-boy » mais reprenant « La Cucaracha »… etc.
Saloons bruyants et enfumés, petites serveuses et danseuses en crinolines blanches retroussées, shérif et cowboys locaux, chevaux à l’attache, « Wanted » à l’affiche, banque et hold-up audacieux, pistoleros mal rasés, gringos et péones, as de la gâchette infatués d’eux-mêmes, cactus et paysages désertiques en cinémascope … etc. Et ce gros soleil rond et brûlant au-dessus de tout, ces vautours dans le ciel.
Tous les stéréotypes du genre défilent, nombre de clichés sont revisités, détournés, malaxés et restitués hors des codes classiques du genre. Effet garanti…. Priorité à l’humour, quelques fois noir, à l’absurde improbable, rigolard et potache, aux références ciblées. Un genre ciné revit, y retrouve un peu de son heure de gloire d’antan. « Son of a gun » vaut le détour. J’ai passé, à le lire, du bon temps et le sourire aux lèvres. Et c’est l’essentiel.
Merci Babelio, Masse Critique, les auteurs, Bamboo Ed.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire